Publié par : merelmarc | 19 avril 2022

1iπe0

1iπe0

La formule la plus remarquable des mathématiques décore
l’entrée de la salle π (Pi) au Palais de la découverte à Paris.

Identité-d'Euler

Je vais vous présenter
les 5 symboles mathématiques les plus importants:

e, i, π, 1et 0

et la plus belle formule mathématique de tous les temps.

Identité-d'EulerF


Commençons par le chiffre Un

1 représentant l’unité.

1 vient du système d’écriture Brahmi, datant du 3e siècles AJC en Inde.
L’empereur Ashoka le Grand est le premier a utiliser les signes I, II et III.
(C’est aussi lui qui a rependu le bouddhisme dans toute l’Asie).

Le dessin actuel pour le chiffe 1 est la représentation en arabe
du simple trait vertical I en Brahmi.


0 est le chiffre Zéro,

0 représente l’absence, le vide, le rien.

Le concept de 0 est très complexe à appréhender.
On ne rencontre jamais rien dans la nature, car c’est l’absence de quelque chose.
Pourtant les singes et les abeilles comprennent aussi ce concept.
Il parait que les enfants doivent avoir 6 ans avant de comprendre que
le chiffre le plus petit n’est pas 1 mais 0.

Avant l’an 2 c’était l’an 1, et avant l’an 1, non, ça n’était pas l’an 0 mais l’an -1 !
Par contre, après 8 et 9 il y a 10, pas 11 !

Le concept de rien a été utilisé il y a 5000 ans à Babylone, mais ils ne savaient pas comment le représenter alors ils ajoutaient un espace. Ainsi 12 et 1002 étaient écrits 12 et 1 2. Grosse confusion possible avec 102.

La Chine utilise un marqueur de position dès le 12e siècle AJC
et au 3e siècle, l’Inde crée enfin un vrai signe pour représenter 0.

Il est presque incroyable que les romains n’aient pas inventé de signe pour indiquer 0. Ainsi pour ajouter 99 + 54 = 153 à Rome c’est XCIX + LIV = CLIII. C’est ridicule et un inconvénient majeur pour les mathématiciens du grand empire.

Vers 650 l’Inde (et aussi les Mayas !) utilisent couramment une représentation du 0.
En Inde l’astronome indien Brahmagupta utilise le mot « sunia » qui signifie « vide » pour désigner le zéro. Vide, se traduit par « sifr » en arabe et « zephiro » en l’italien, ce qui a donné respectivement « chiffre » et « zéro » en français. Mais il a fallu attendre le génie Fibonacci au 13e siècle pour qu’il soit introduit dans la numérotation décimale (0, 1, 2, 10 etc.).

0 est l’élément neutre de l’addition
1 est l’élément neutre de la multiplication.
Aujourd’hui les 0 et 1 sont à la base même de l’informatique.


Il existe 3 autres nombres magiques.

π est le nombre pi = 3.14159 etc.

En 250 AJC, Archimède a calculé qu’à chaque tour complet, n’importe quelle roue se déplace d’un peu plus que 3 fois son diamètre, plus précisément 3.14 fois son diamètre.

Aujourd’hui on dit:
la circonférence d’un cercle = π fois son diamètre = πD
qui est plus souvent noté 2πR.


Le deuxième nombre magique est i

Tout le monde a appris que – par – donne +
Deux négatifs résultent en positif.

ainsi la phrase:
Tu n’a quand même pas l’intention de ne rien faire !
signifie le contraire, n’est ce pas ?

En particulier, quand on multiplie un nombre par lui même,
ce que l’on appelle « élever au carré »,
le résultat est forcément positif, ainsi 3 x 3 = 9,
et cela même si le nombre est négatif. 
Ainsi (-3) x (-3) = +9.
Positif car c’est la règle.

Mais en 1572, l’italien Bombelli
(Un ingénieur spécialisé dans l’assèchement des marais),
invente le premier « nombre complexe »,
tels que le résultat de son carré est négatif.

Il appelle ce nombre « i ».
i au carré = -1
aussi noté i^2 = -1

Note: On écrit ^ pour dire « élevé à la puissance »
par exemple 3 à la puissance 2
c’est 3 au carré = 3 x 3 = 9
et se note 3^2 = 9

L’opération inverse d’élever au carré, c’est la racine carrée:
donc i = racine carrée de -1
qui est noté : i = √-1

Au début, les mathématiciens se moquent de Bombelli et de ses nombres « complexes ». Même Descartes l’insulte en appelant son i un nombre « imaginaire ». Le nom est resté.

i est aujourd’hui à la base des nombres complexes imaginaires.

D’innombrables découvertes n’auraient jamais été possibles sans le nombre i, comme la Relativité d’Einstein, la dynamique des fluides, les lois des signaux, les fractales, la mécanique quantique, les probabilités, la théorie des cordes, etc.


Le troisième et dernier nombre magique est e

e = 2.71828 etc.

Les nombres usuels 1, 2, 3, 8, 15 etc.  nous sont suffisants, tant que ce dont on parle ne devient pas astronomique. Bel exemple d’ailleurs, la distance entre vous et votre écran, de vous à Tahiti et de vous à l’étoile polaire.
Pour ça on utilise une autre échelle, dite logarithmique.

Les logarithmes servent à manipuler des chiffre qui grandissent rapidement, pas comme 1,2,3,4 mais plutôt 10,100,1000,10000.
La nature est pleine de logarithmes.
– Par exemple le fond sonore dans votre chambre est de 70 décibels. Un son 10 fois plus fort, comme de la musique forte à la radio fait 80 DB. et les 90 dB d’une souffleuse à feuilles sont 100 fois plus bruyants que votre chambre.
– Vous connaissez aussi l’échelle des tremblements de terre:
Entre un 6 et un 7 c’est 10 fois plus d’énergie.
Entre un 6 et un 8 c’est 100 fois plus violent.

Euler qui s’est intéressé aux logarithmes,
a décrit le nombre e, en 1737

Il a défini e, le logarithme naturel de base, celui qui égale 1.
Le logarithme de e vaut 1
ce qui est s’écrit ln(e) = 1

ou l’opération inverse de logarithme, qui est l’exponentielle,
e est l’exponentielle de 1
qui se note exp(1) = e

Il est très utilisé pour calculer les intérêts composés, les probabilités, les statistiques, la radioactivité, le temps que prend une baignoire à se vider, il décrit le mouvement parfait d’un pendule oscillant, ou la forme en chaînette d’une cordelette que l’on tient entre ses deux mains. On le retrouve partout, dans le développement des plantes, dans l’extension d’une épidémie etc.

Techniquement on appelle e, nombre irrationnel transcendant !
Mais oublions ce, heu… détail.

Voilà j’ai terminé de vous présenter les 5 constantes les plus importantes en mathématiques :

1, 0 , π, i et e

Pour finir, est ce que ça ne serait pas magique s’il existait
une relation entre eux, aussi simple et improbable
que l’incroyable relation découverte par Einstein
entre l’énergie, la masse et la lumière

E = mc^2

Justement ces 5 constantes mathématiques fondamentales
sont reliés dans la fabuleuse « Identité d’Euler »:

e à la puissance i multiplié par π, plus un, égale zéro !
qui se note : 

Identité-d'EulerF

L’Identité d’Euler est considéré comme la relation mathématique
la plus étonnante jamais découverte,
rien de moins que l’étalon-or de la beauté mathématique
parce qu’elle réunit en seulement 8 caractères :
l’exponentiation, la multiplication, l’addition et l’égalité,
avec les 5 nombres remarquables que sont e, i, π, 1 et 0.

Identité-d'EulerF

Le 1, dont l’origine se perd dans la nuit des temps et qui représente la numération,
le 0, aux racines indiennes, qui décrit exactement « rien »,

la constante d’Archimède π qui représente la géométrie,
i, le nombre imaginaire qui symbolise l’algèbre,
et enfin e, le nombre impossible à écrire mais qui décrit tout.
Identité-d'EulerF

Feynman conclut : l’Identité d’Euler est la « formule la plus remarquable des mathématiques ». Pierce déclare « Nous ne savons pas ce que cette formule signifie, nous ne la comprenons pas, mais elle est vraie et prouvée ». Leibniz la décrit comme « une envolée divine entre l’être et le non être ». Newman avoue « Nous ne pouvons pas nous arrêter sur ses implications, elle appelle au mathématicien, au scientifique et au mystique ».

L’identité d’Euler est qualifiée de
« la plus belle formule mathématique de tous les temps ».

Si vous faites parfois dans le commérage, on raconte que le mathématicien Cotes (mort en 1716, quand Euler avait seulement 9 ans), le copain de Newton, connaissait déjà cette équation et que c’est Bernoulli qui en aurait parlé à Euler…

Identité-d'EulerFMagique.

Publié par : merelmarc | 26 mars 2022

Incroyable Univers

L’Univers est incroyable !

Dans le premier (de deux) article sur le Big Bang (BB),
https://merelmarc.wordpress.com/2022/03/24/le-big-bang/

j’ai raconté l’histoire de l’Univers depuis le Big Bang
jusqu’à l’Ère Des Ténèbres. C’était la partie technique.

Ici j’ai plein de détails fous et incroyables à partager.
Comme moi, vous allez apprendre des choses étonnantes .

Allons y une folie à la fois.

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1-Big-Bang (BB)

Vous savez maintenant que, contrairement à ce que beaucoup de monde imagine,
le Big-Bang (BB) n’a aucunement été une explosion où la matière est éjectée partout à la grandeur de l’Univers.

Seulement l’énergie existait, au moment du BB.
Il n’y avait aucune matière.
Ça a pris des millions d’années pour que l’énergie se transforme en matière.
E=mc2 comme a démontré Einstein

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3.quantumdiaries.org
Intéressant résumé de la création de la matière.

2Antimatière

Le BB a créé autant d’antimatière que de matière.
Or comme vous savez, quand les deux se rencontrent, ils s’annihilent.
Alors c’est exactement ça qui est arrivé.
Normalement l’histoire s’arrête la, tout a disparu.

Mais, détail incroyable, il est resté miraculeusement environ un milliardième
de tout ce qui venait d’être crée par le BB.

Le tout petit peu qui reste (un milliardième),
c’est de ça dont est composé … tout l’Univers d’aujourd’hui !

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11.MatterAntimatter.FermiLab
Matière et Antimatière. Fermi Lab

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J’ai une autre surprise pour vous.

.3-Matière Normale 5%

La suite est encore plus incroyable !
La « Matière Normale », c’est à dire ce avec quoi nous sommes fabriqués,
vous, moi ainsi que tout ce avec quoi on interagit, les fleurs, les étoiles, tout ce dont est composé le monde dans lequel on vit, toutes les galaxies etc,
c’est seulement 5% du milliardième qui est resté !

Seulement 5% du milliardième qui a survécu au massacre de l’antimatière est de la matière ordinaire, dite « normale ». Il existe une multitude de preuves convaincantes, que ce dont nous somme faits, est fondamentalement différent de, ce dont la majorité de l’Univers est constitué !

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12.forbes.com.NormalVsBlack

Forbes.com. Normal vs Black

4-L’autre 95% ? C’est … le plus grand mystère de l’Univers !

95% de tout ce qui a survécu après que l’antimatière ait failli tout éliminer, ne fait pas partie de notre monde normal !

On n’en connaît pas grand chose, sinon que
c’est un mélange d’énergie et de matière invisible.
À défaut de mieux, on appelle ça « l‘Énergie Noire et la Matière Noire« .

Les savants ont calculé qu’au moment où sont apparus les 5% de Monde Normal,
95% de l’énergie et de la masse totale de l’Univers a disparu:
68% sous forme d’Énergie Noire
et 27% en Matière Noire
(pour un total de 95%).

Pour résumer, seulement 5% du milliardième de tout ce que le BB a crée est de la Matière Normale et a servi à fabriquer tout l’Univers que l’on connait, nous, les galaxies, tout ce qui est visible et « existe » concrètement.

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6.FDC2

5-Le FDC

Il est difficile de croire que ça puisse être seulement un gaspillage épouvantable.
Alors est ce que l’autre 95% est utile à quelque chose ?
Oh que oui ! Il semble bien, qu‘en l’absence de la Matière Noire,
il n’y aurait tout simplement jamais eu d’étoiles !

Pour y comprendre quelque chose, il faut revenir au moment où « la lumière fut »,
soit le FDC, le « Fond Diffus Cosmologique ».

14.Télévision.1952.Photo.iStock
Télévision.1952.Photo.iStock

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6-La neige

Ici, je ne peux résister au plaisir de vous annoncer que le FDC est quelque chose qui vous est familier, sans que vous le sachiez:

Quand votre télé ne reçoit plus aucun signal des stations de TV, on observe ce que tout le monde appelle « la neige », avec son grésillement dans les hauts parleurs. Ce que votre récepteur capte à ce moment là, c’est justement le rayonnement cosmique du FDC, le vestige de l’époque de la création de l’Univers ! Ce sont les premiers photons capables de voyager dans l’Univers et qui parviennent encore jusqu’à nous dans un brouillard de points gris avec de rares points de couleurs.

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15.Densité.de.Matière.Noire

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7-Les Filaments

La représentation traditionnelle du FDC montre des fluctuations bleues et oranges, qui correspondent à d’infimes variations de température (qui sont inférieures à un cent millième de degré).
Mais elles ont eu des conséquences invraisemblables.

Il semble que ce soit les fluctuations dans la densité de la Matière Noire
qui aient forcé le brouillard de plasma de quarks, neutrons, protons, noyaux etc
à se concentrer en filaments, par gravité.
La gravité, toujours la gravité !

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16.Filaments.dÉtoiles.

Filaments et Étoiles.

8-Naissance des étoiles

Les filaments sont devenus une toile d’araignée cosmique. Il est prouvé que c’est seulement aux intersections de ces fils, que les boules de gaz sont devenues assez denses pour s’enflammer et devenir les premières étoiles. Puis des galaxies.

Entre les filaments, il n’est rien resté, que du vide. Ce qui explique pourquoi les galaxies sont isolées de façon non uniforme, par petits regroupements dans le grand vide de l’Univers.

Les étoiles sont groupées en galaxies, elles-mêmes rassemblées en amas, puis en superamas séparés par d’immenses vides.

Pour résumer, c’est le 27% de Matière Noire qui a décidé des grandes structures formées par le 5% de la matière normale

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5.National.Geographic.April2014p84
National.Geographic.April2014p84

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9-Les éléments chimiques

À l’intérieur des premières étoiles qui s’allument, il n’y a au début que les éléments chimiques les plus simples: l’Hydrogène et l’Hélium (1 et 2 électrons).
Même encore aujourd’hui, l’Univers est toujours constitué à 99% d’Hydrogène et d’Hélium.

Les premières étoiles sont généralement des géantes bleues, 500 fois plus massives que notre futur Soleil. La règle veut que plus une étoile est massive, plus vite elle brûle son fuel. Donc, les premières étoiles vivent rarement plus d’un million d’années.
En comparaison, notre soleil est âgé de presque 5 milliards d’années et n’en est qu’à la moitié de sa vie.

Dans les étoiles, les atomes fusionnent pour former des nouveaux éléments, en commençant par encore bien simple : le carbone, l’oxygène et le fer (Respectivement 6, 8 et 9 électrons).

En fin de vie, quand ces boules de gaz bleues, ont fabriqué de nouveaux éléments plus complexes en brûlant tout leur carburant, elles s’effondrent sur elles mêmes, mais sont tellement grosses qu’elles rebondissent dans un éclair qui asperge les nouveaux atomes qu’elles ont concoctés, dans un immense nuage de gaz.

Et dans ces nouveaux nuages enrichis, tout recommence: avec le temps, la gravité opère, ce qui allume la nouvelle génération étoiles qui vont fabriquer des atomes encore plus compliqués (92 électrons autour du noyau d’uranium)…

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atome-Borg
Atome de Bohr

10-Aujourd’hui

La plupart des étoiles que l’on peut observer dans le ciel aujourd’hui se sont formées 4 milliards d’années après le Big Bang.

Encore aujourd’hui le 5% de matière normale est  en vaste majorité de l’hydrogène (pour les 3/4) et d’hélium (pour presque 1/4).
Il reste à peine moins de 1% pour tous les autres
atomes existants dans l’Univers, soit oxygène, carbone, azote, fer, l’argent etc, la totalité des 114 éléments existants au tableau périodique des éléments de Mendeleïev.
Comme quoi il n’y a pas que l’or qui soit rare !

Ils ont tous été crées bien après le BB, dans les réactions nucléaires des étoiles, qui ont terminé leur vie par des explosions, lesquelles ont ensemencé l’Univers.
Nous sommes littéralement fabriqués de poussières d’étoiles (Carl Sagan).

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17.gizmodo.com.au

gizmodo.com.au

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11-Voir rouge dans le passé

Il me reste 4 autres informations incroyables.

Avoir un télescope permet de voir loin. Plus on voit loin, plus on voit dans le passé. Ainsi la lumière de la Lune mettant 1 seconde et quart à nous parvenir, on voit notre satellite tel qu’il était, plus d’une seconde dans le passé.
Pour notre Soleil c’est 8 minutes dans le passé.
La lumière de l’étoile la plus proche, Alpha du Centaure prend 4 ans.

La galaxie spirale M109 de la Grande Ourse est située à ~80 millions d’années lumières de nous. Donc on observe ce qui s’y était passé il y a 80 millions d’années, alors que la Terre était peuplée de dinosaures.

On appelle 1 année lumière la distance parcourue par la lumière en 1 année.
C’est donc une durée ET une distance. 

Les télescopes actuels sont tellement puissants que l’on peut observer des étoiles dont la lumière a pris des milliards d’années avant de rentrer dans notre télescope. James Webb va voir aussi loin qu’au temps du Big-Bang. Ou plus exactement à partir du FDC, au moment où la lumière fut. C’est fantastique de penser que des particules de lumière ont voyagé dans l’espace pendant 13.7 milliards d’années avant d’atteindre notre oeil !

Et que va t-il voir exactement ?
Du rouge !
Les objets observables les plus éloignés sont perçus avec un décalage vers le rouge d’autant plus rouge qu’ils sont éloignés. C’est le même principe que le son du moteur d’une auto, qui devient de plus en plus grave quand elle s’éloigne.
Le son de l’auto qui s’éloigne change vers le grave.
La lumière lointaine change vers le rouge.

18.Taille.de.lUnivers.forbes.com
La Taille de l’Univers. Forbes.com

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12-La taille de l’Univers

Accrochez vous pour cette autre folie:
Nous savons que l’Univers est apparu avec le Big Bang il y a 13.8 milliards d’années. C’était un point, donc au début nous étions en ce point. Et depuis, l’Univers est en expansion, donc il est logique de concevoir que nous vivons aujourd’hui dans une « boule » qui mesurerait 13.8 milliards d’années lumière de rayon.

En réalité c’est énormément plus, parce que l’Univers est en expansion accélérée.
Aujourd’hui l’Univers mesure 46.5 milliards d’années-lumière de rayon.
Ainsi, l’Univers observable mesure 93 milliards d’années-lumière d’un bout à l’autre.

Mais comme on ne ne peut voir que ce que la lumière nous montre,
et que la lumière ne peut voyager plus vite que …  la vitesse de la lumière,
on ne peut donc voir que l’âge de l’Univers, soit 13.8 milliards d’années
(et un peu plus à cause de l’accélération, soit 14.5) .

Et chaque année qui passe, ajoute évidemment une année lumière de distance.

Des conclusions incompréhensibles s’imposent:
L’Univers a parcouru 93 milliards d’années lumière de distance en 13.8 milliards d’années
Donc l’expansion de l’Univers est beaucoup plus rapide que la vitesse de la lumière !
Il nous sera pour toujours impossible de voir les 93 milliards d’années lumière de l’Univers.

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19.Isotropie.abyss.uoregon.edu

Isotropie. Abyss.uoregon.edu

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13-La même photo !

S’il vous reste deux neurones, voici la folie ultime.
Ce que je vais essayer d’expliquer maintenant est assez difficile à admettre.
Supposons qu’au Québec il y ait un télescope très puissant qui pointe vers le ciel droit au dessus de notre tête, et qu’il photographie le FDC (le début de l’Univers, quand la lumière fut).

Maintenant accrochez vous: un autre télescope, en Australie, aux antipodes, de l’autre coté de la Terre va voir la même chose au dessus de sa tête et prendre … exactement la même photographie !

C’est ce que l’on appelle l’isotropie ou « Principe Cosmologique »: l’Univers observable est isotrope, ce qui signifie que quand on regarde très loin, l’Univers est identique dans toutes les directions.

Albert Einstein l’a démontré en 1917, un peu par hasard, alors qu’il cherchait des solutions aux équations de la relativité générale.  
l’Homme n’occupe pas de position privilégiée dans l’Univers.
L’aspect de l’Univers ne dépend pas de la direction dans laquelle on l’observe.
Il n’y a pas d’endroit physique précis de l’Univers où regarder pour voir où s’est produit le BB.

Vous ne comprenez pas ? Moi non plus.

Pour essayer de comprendre on peut penser qu’au début l’Univers était un ballon pas encore gonflé, c’était un point. Nous étions en ce point. Puis le ballon s’est gonflé, avec nous quelque part dans le ballon. Donc, si on regarde assez loin, peu importe de ou, et vers où on regarde, ce que l’on voit c’est le peu qui existait dans le passé.

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14-Énergie Noire

Est ce qu’il vous reste un dernier neurone ?
Voyons pour terminer ce qui va se passer à la fin.

Rappelez vous, le plus grand mystère de l’Univers !
Après que l’antimatière ait failli tout éliminer, seulement 5% de la matière existante dite normale, a servi à tout fabriquer l’Univers. Et ce sont les 27% de Matière Noire qui ont formé les filaments où les premières étoiles faites du 5% normal se sont allumées.
C’était le début.

Ensuite, l’Univers étant plein de matière, il est logique de supposer que, la gravité faisant son œuvre, à un moment donné, l’expansion de l’Univers va ralentir, puis s’arrêter, pour qu’éventuellement on finisse rattatiné dans un Big Crunch ? Ou un Grand Écart ou une expansion infinie ?

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10.National.Geographic.April2014p84National.Geographic.April2014p84

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15-Big Crunch ?

Le télescope Hubble nous a montré que l’expansion ne cessera pas.
En fait c’est le contraire qui se passe: l’Univers s’agrandit, de plus en plus et de plus en plus vite.

C’est là qu’intervient l’Énergie Noire, vous vous souvenez le dernier 68% du peu qui a survécu au massacre de l’antimatière.

L’Énergie Noire est responsable de l’expansion accélérée de l’Univers.
Il est maintenant prouvé que l’Univers s’étend de plus en plus vite, devient de moins en moins dense et de plus en plus froid. On sait qu’un jour toutes les étoiles seront éteintes et l’Univers entrera dans l’Ère Des Ténèbres.
Ensuite ? Il ne se passera plus rien.

Publié par : merelmarc | 24 mars 2022

Le Big Bang

Big Bang (BB)

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Le télescope James-Webb est le plus grand, le plus sophistiqué et plus onéreux télescope jamais lancé dans l’espace (Noël 2021). Il surpasse largement Hubble et va révolutionner nos connaissances sur les toutes premières étoiles formées juste après le Big Bang.

Justement que savons nous exactement du BB ?
Dans le premier (de deux) articles, j’explique (simplement en 10 étapes)
comment s’est passé le Big Bang (BB)
et comment l’Univers va finir.

Je vous invite à lire aussi la deuxième partie, qui reprend des détails supplémentaires
qui sont (totalement exacts mais) complètement fous !

1-JWST.sciencefocus.com
Télescope James-Webb – NASA, Agence spatiale européenne et Agence spatiale canadienne.

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1-Avant le BB (Big Bang) ?

L’Univers est apparu avec le Big Bang. On ne saura jamais ce qui s’est passé avant,
ni même, s’il peut s’être passé quelque chose avant, quand rien n’existait !

Einstein l’explique simplement avec son analogie des lignes tracées sur le globe terrestre. On appelle longitude, ces lignes imaginaires qui partent du pôle sud pour se rejoindre au pôle nord. Une fois rendu au pôle nord, il n’y a rien, car on ne peut pas aller plus au nord que le pôle nord…
C’est la même chose avec le BB, il est impossible de concevoir avant le BB.

En réalité, on ne pourra même pas remonter jusqu’au BB,
parce qu’au début, la matière, le temps et la lumière n’existent pas.

Mais prenons le BB une étape à la fois.

Vous allez voir que la GRAVITÉ (l’histoire de la pomme de Newton)
est la force responsable de quasiment tout ce qui arrive dans l’Univers.

2.National.Geographic.April2014p84
National.Geographic.April2014p84

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2-Le Big Bang

Le BB a eu lieu il y a 13.8 milliards d’années.
Pour mettre les choses en perspective la Terre est née il y a 4.5 milliard d’années.
L’Univers primordial est infiniment plus petit qu’un atome
et densément rempli d’énergie et de chaleur intense.
De l’énergie, mais pas un seul grain de matière.

3.quantumdiaries.org
Quarks. Intéressant résumé de la création de la matière.

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3-Inflation

Ensuite ça se passe très vite, en moins d’une seconde:
Pour décrire ce temps si court on doit utiliser une notation spéciale en 10-n:
Ainsi 1 centième de seconde 0.01 seconde s’écrit 10-2 (avec 2 zéros).

Donc: 10-43 secondes après le BB, apparition du … temps.

Difficile à comprendre mais avant, le temps n’existe pas encore !

10-43 c’est un dix millionième de milliardième de milliardième de milliardième de milliardième de seconde (43 zéros avant le 1)!

Ensuite à 10-32 secondes c’est ce que les astronomes appellent l’Inflation
Ça aussi c’est difficile à comprendre mais en 10-32 secondes,
l’Univers devient gros comme un ballon.
Si vous ne trouvez pas que c’est rapide, dites vous que
cette inflation est incompréhensible car elle implique
une vitesse incroyablement plus rapide que la vitesse de la lumière,
ce qui est impossible selon Einstein (qui n’a donc pas toujours raison !).

Et une partie de l’énergie se transforme en matière.

Pas encore de la matière complète,
seulement les blocs de construction de base, que l’on appelle quarks.
Les atomes, vous, moi et tout ce qui nous entoure est fabriqué avec des quarks.

4.National.Geographic.April2014p84
Protons, neutrons et électrons

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.4-Apparition des particules

Un centième de milliseconde plus tard, les quarks se regroupent pour former
tous les électrons, neutrons et protons qui existent dans l’Univers aujourd’hui
(qui sont, comme vous le savez, les 3 constituants des atomes).

Voilà, la première seconde de l’Univers est terminée.

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.5-Apparition des noyaux simples

En moins de 3 minutes les noyaux d‘hydrogène et d’hélium se forment
dans un brouillard de particules. Un noyau c’est l’association des neutrons et des protons.
On n’a pas encore d’atomes car les électrons sont toujours perdus dans le brouillard.

L’Univers s’est déjà refroidi et considérablement agrandit.
Pour comparer, disons qu’il mesure l’espace qui serait occupé aujourd’hui, par les quelques centaines d’étoiles autour de nous. En 3 minutes !

5.National.Geographic.April2014p84

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6-Apparition de la lumière (FDC)

Pour fabriquer les atomes, il ne manque plus que les électrons qui commencent à tourner autour des noyaux. Seuls les 3 sortes d’atomes les plus simples sont fabriqués: hydrogène, hélium et un petit peu de lithium. (Ils n’ont respectivement qu’un, deux et trois électrons).

En comparaison l’uranium à 92 électrons…

Voilà, les 3 première minutes de l’Univers sont passées. 

Et ensuite il ne se passe quasiment plus rien pendant 375,000 ans !

L’Univers grandit et se refroidit.
Dès qu’il fait assez froid, les électrons se mettent à s’agiter autour des noyaux
et émettent des photons. Photon égale lumière !
« Et la lumière fut » comme dit Génèse 1.3

6.FDC2

Âge de l’Univers : 375,000 ans
Oh, pas une bien grosse lumière au début, juste un fond à peine lumineux, diffus, opaque et brumeux.
C’est ce que l’on appelle le « Fond Diffus Cosmologique » (FDC).
le FDC est très important car BB+375,000 ans, c’est la première et la plus ancienne image de l’Univers qu’il est possible d’observer. Impossible de voir avant car il n’y avait pas encore de lumière !
Retenez FDC, je vais en reparler plusieurs fois.

D’ailleurs c’est le FDC que le téléscope James-Webb va tenter de photographier.

Note: J’ai expliqué les photons et les couleurs dans un article précédent:
https://merelmarc.wordpress.com/2022/01/15/le-chat-de-schrodinger/

7.National.Geographic.April2014p84
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7-Les Âges Sombres

L’Univers mesure maintenant un millième de sa taille actuelle.
Pendant un interminable 300 millions d’années, les photons ne sont que des bougies
qui éclairent faiblement le FDC. On appelle cette époque Les Âges Sombres.
L’Univers continue de se refroidir.
La matière se condense.
L’Univers continue son expansion pour atteindre environ la taille de l’Univers observable aujourd’hui.

8.Universe-filament

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8-L’Ère Des Lumières

Ensuite la plus importante force de l’Univers change tout:
la gravité agglutine tout ce qui se rapproche,
sous forme de filaments qui se croisent dans une une toile d’araignée cosmique.
Dans les croisements la matière se condense, devient gros comme des étoiles
et tellement serré que la friction enflamme la matière:
les première étoiles s’allument. C’est l’Ère Des Lumières.

Aujourd’hui, l’Univers contient 10^36 étoiles, (c’est à dire 10 suivi de 36 zéros ou si vous préférez, un milliards de milliards de milliards de milliards d’étoiles), regroupées dans deux milliards de milliards de galaxies (10 suivi de 18 zéros).
Notre galaxie s’appelle Voie Lactée
et notre étoile se nomme Soleil.

9.National.Geographic.April2014p84

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9-L’extinction des feux

Mais sachez que nous vivons une période exceptionnelle, fabuleuse mais totalement unique dans l’histoire de l’Univers: nous approchons même déjà de la fin du feu d’artifice de l’Ère Des Lumières.
En effet, les étoiles brillent parce qu’elles consument leur carburant. Les plus brillantes vont donc commencer à s’éteindre (d’ici 10 milliards d’années en gros),
pour finir sous forme de petites boules solides et noires.

Finalement il ne restera que la faible lueur des tisons rouges de quelques étoiles qui se seront transformée en naines rouges: celles là sont quasi éternelles, mais s’éteindront aussi, complètement froides, dans à peu près 10 milliards de milliards d’années.

Ça va être long, je vous rappelle que L’Univers n’a que 13.8 milliards d’années.

J’ai expliqué la vie des étoiles dans un autre article:
https://merelmarc.wordpress.com/2022/03/09/une-etoile-se-meurt/

10.National.Geographic.April2014p84

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10-L’Ère Des Ténèbres

Quand toutes les étoiles se seront éteintes,
alors l’Univers entrera dans l’Ère Des Ténèbres
et … il ne se passera plus rien.

Voilà c’est en gros l’histoire de l’Univers.

Maintenant je vous invite à la deuxième partie de mon histoire du BB
parce que ce que vous venez de lire c’était la partie « plate » de l’histoire.

Dans le deuxième article, j’ai plein de détails fascinants à vous raconter.
Le monde est fou !

Publié par : merelmarc | 11 mars 2022

Trous noirs supermassifs

Les trous noirs supermassifs

Les trous noirs supermassifs sont
le mystère le plus invraisemblable de l’Univers.

5SgrAstar
Trou noir – Représentation artistique NASA du trou noir Sgr-A*

Dans le premier de ces deux articles, j’ai expliqué la vie et la mort des étoiles
et Mr Chandra nous a appris que les plus grosses se transforment en trous noirs stellaires.

Je précisais stellaires, parce qu’il y a l’AUTRE sorte de trous noirs:
les trous noirs « supermassifs ».
Ceux là n’originent pas d’une étoile mourante.

Les trous noirs supermassifs sont le mystère le plus invraisemblable de l’Univers et c’est le sujet de cet article.
On ne sait même pas comment ils se créent,
et surtout, on ignore où va, tout ce qu’ils avalent,
parce que ça disparait de notre Univers...

6SagA

Notre trou noir : Sagittarius-A-étoile (Sgr-A*)

Ils se cachent au centre de toutes les galaxies.
Donc, il y en a un au centre de la notre, la Voie Lactée
et il se nomme Sagittarius-A-étoile (Sgr-A*),
ce qui est un drôle de nom, puisque ça n’est pas une étoile.

7Pionniers

 Les pionniers: Mitchell, Einstein, Chandra et Hawking

L’existence des trous noirs a été pressentie dès 1783 par John Mitchell.
Ensuite en 1915, Einstein
a écrit les équations prouvant la déformation de la structure de l’Univers et de l’écoulement du temps par la gravité, mais Einstein n’a jamais cru aux trous noirs.
En 1963, le spécialiste des trous noirs, Stephen Hawking
démontre qu’un trou noir n’a pas de fond, parce que ça n’est pas … un trou ! C’est une « singularité », où l’espace-temps est infiniment courbé par une densité infinie.

                 Ici une importante mise au point s’impose:
Pas d’inquiétude si vous ne comprenez pas tout, moi non plus…

Donc : un trou noir c’est une … profonde énigme !-)

En fait nous savons quand même un certain nombre de choses.

D’abord, personne ne verra jamais un trou noir, mais on sait à peu près où il se trouve, parce que l’espace-temps est déformé autour de lui. Pour expliquer ce que ça signifie, disons que c’est comme un tourbillon d’eau à la surface d’une rivière. Même si on ne voit pas le trou dans l’eau, on sait qu’il y a quelque chose, parce que tout objet à la surface, flottant suffisamment rapproché, est attiré et accéléré par son courant. La grande majorité de ce qui s’approche du vortex, prend de la vitesse, tourbillonne, est dévié et catapulté plus loin, sans sombrer dans le trou d’eau. Certains objets flottants plus malchanceux, qui ont une mauvaise trajectoire ou qui sont trop lents, sont engloutis dans le tourbillon parce qu’il y a une limite à ne pas dépasser, un point de non retour entre continuer son chemin ou couler, ce que l’on appelle « horizon » du trou.

8tourbillon Un tourbillon dans une rivière.

De la même façon que le maelstrom dans une rivière informe peu sur la profondeur du trou dans l’eau, l’horizon n’indique pas non plus la grandeur d’un trou noir.

L’horizon de la majorité des trous noirs de type stellaire (ceux résultant de la mort d’une étoile) est d’environ 30 km de diamètre.
Ce qui est minuscule en comparaison de l’horizon des trous noirs supermassifs:
Sgr-A*, le trou noir au centre de notre Voie Lactée
a un diamètre de 60 millions de kilomètres !

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Alors que sait-on des trous noirs supermassifs.

Ici je vais corriger une idée répandue: il est faux de croire qu’un trou noir est un aspirateur monstrueux, un ogre dévoreur de matière, d’espace et de temps.
Pour comprendre, voici une explication simple. Supposons que notre soleil, avec la Terre et les autres planètes qui tournent tranquillement autour depuis 5 milliards d’années, se transforme en trou noir (En réalité cela n’arrivera jamais car la masse du soleil est trop faible pour se transformer en trou noir, mais supposons). Il rétrécirait pour devenir un trou noir de 6 km. Et c’est tout. Il n’aspirerait pas plus la Terre, que Mercure (qui est la planète la plus proche du soleil) parce que, comme on l’a dit au début, c’est la gravité (donc la masse) qui régit le mouvement de tous les objets dans l’Univers. Le soleil a changé de taille mais sa masse n’a pas changé. Donc on continuerait notre petit chemin.

Pour la même raison, 90% de ce qui s’approche de l’horizon d’un trou noir supermassif, n’y tombe pas, mais est plutôt éjecté, comme avec un tourbillon d’eau. Par contre il y en a qui hésitent et tournent un moment à l’entrée de l’horizon sans être aspirés.

Ainsi on observe depuis 1995, tout un groupe d’étoiles (appelé S0) qui tourne à 7500 km par seconde autour de l’horizon de Sgr-A*. Ça doit chauffer !

9-S0-2 Trajectoire de quelques unes des étoiles S0 qui pourraient disparaître dans Sgr-A*

Parfois quand l’accumulation à l’horizon devient très concentrée et trop chaude, la matière est expulsée en un ou deux jets (le long des pôles magnétiques du trou noir supermassif). Ces jets linéaires ultra puissants et rapides parcourent plusieurs centaines de milliers d’années lumière de distance et toute cette matière et ces gaz éjectés seront bientôt à l’origine de la naissance de nouvelles étoiles très loin d’ici. Il semblerait que cela soit un mécanisme de régulation de la croissance des trous noirs supermassifs.

10-SagA-JetImpression artistique des jets de Sgr-A*

Ci dessus on voit le jet d’expulsion de matière à l’horizon de notre trou noir, Sagittarius-A-étoile.

11-Hubble-M87jet Hubble-M87jet

Encore plus impressionnant la photographie par Hubble du jet du trou noir caché au centre de Messier87, une galaxie proche de la Grande Ourse, faisant partie de notre archipel isolé de galaxies.

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Bon ! tout ce que j’ai raconté jusqu’à présent concerne ce qui réussi à s’échapper en ne tombant pas dans l’horizon du trou noir.
Mais que se passe t-il, si notre vaisseau spatial s’approche trop de l’horizon, ne peut pas s’échapper et tombe dans le trou noir ?

On l’a dit, l’espacetemps sera déformé:
Mais qu’est ce que ça veut dire exactement ? Explications.

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Déformation de l’espace:

12-BendingSpacetime
Déformation de l’espace

Il faut oublier l’illustration simplifiée de la rivière avec le trou du tourbillon autant que celle de l’image plane en 2D qui montre un trampoline creusé par une lourde boule de quille.
Imaginez en 3D: le trou noir est plutôt un trou sphérique, un ballon sans surface, ayant la grandeur de son horizon. Vous ne tombez pas au fond d’un trou noir mais vers le « centre d’une sphère noire ».

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Le temps s’arrête.

14-Salvador-Dali-persistance-de-la-memoire-1931
Les Montres molles de Salvador Dali (Persistance de la mémoire 1931)

Einstein a démontré que le temps est relatif. Le temps ralenti à l’approche d’un trou noir. Pour comprendre, sachez que votre montre ne compte pas les secondes de façon égale selon où vous vous trouvez. Ainsi vous ne le remarquerez probablement pas, mais si vous êtes en avion, et même par exemple si vous habitez en haut d’un gratte ciel, l’attraction terrestre y étant moindre, votre montre fonctionne plus vite que celle du piéton sur le trottoir. Pour cette raison, les horloges à bord des satellites sont réglées pour fonctionner au ralenti afin de donner des informations exactes au sol ! Comme d’habitude c’est une question de gravité: plus on est près du sol, plus on pèse lourd et plus le temps ralentit.
En tombant dans un trou noir, on pèse de plus en plus lourd, une minute devient 1000 ans et la gravité est telle que le temps ralentit au point de s’arrêter, tout simplement.

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La gravité est tellement plus forte à vos pieds qu’à votre tête, que votre corps s’allonge et vous vous « spaghettifiez », selon l’expression consacrée ! Ensuite tous les atomes de votre corps s’éparpillent et dans un dernier râle, la matière émet un ultime flot de rayons X et Gamma.

Même la lumière ralentit: tout vire au rouge, puis s’éteint, c’est le noir.

Voilà: tout l’espace, le temps, la lumière et la matière ont disparu.

Ensuite ?

Rien.

Tout ce qui passe l’horizon d’un trou noir disparaît pour toujours de l’Univers:
on ne sait pas où va tout ce qu’un trou noir absorbe.

15-black-hole-artwork-royalty-free-illustration-1616081355_Tout disparait

Difficile à imaginer, n’est ce pas ! La logique nous porterait à croire qu’il faut bien que ça aille quelque part !

Quoi que… Stephen Hawking affirme qu’il y a une sortie !
Il a même calculé qu’un trou noir, ça fuit, sous la forme d’une radiation qui porte justement le nom de Radiation de Hawking
(et ici on ne parle plus du jet de la matière chanceuse qui a réussi à éviter l’horizon).

16-StephenHawking-thereIsAwayOut
Stephen Hawking – There IS a way out

Hawking est l’un des théoriciens ayant le plus étudié les trous noirs et voici ce qu’il décrit. À un moment donné, vous allez finir par atteindre le « fond du trou », ou plus exactement le « centre de la shère ». Mais Hawking corrige de nouveau, ça n’est même pas non plus le centre d’une sphère, c’est une une bizarrerie mathématique appelée singularité où l’espace-temps est infiniment courbé par une densité infinie.

Et afin de brûler mon dernier (!) neurone, il ajoute que cette singularité se situe moins à un endroit qu’à un instant et que c’est quelque chose d’infiniment petit mais qui n’a pas de volume physique…
Hein, mais qu’est ce qui dit !?

17-HawkingRadiationEquation
Hawking’s radiation equation

Résumons, un trou noir supermassif absorbe ce qui pénètre dans son horizon. Plus il mange, plus il devient lourd, plus il acquiert de la force pour attirer par gravité ce qui s’approche trop de lui, les poussières, les gaz, les nébuleuses, les étoiles avec leurs planètes ainsi que votre maison, votre pelouse, le chien du voisin et vous aussi, et finalement un jour, toute la Voie Lactée et toutes les autres galaxies de notre amas local de galaxies etc !

Tout ça s’en va dans ? quelque part ? d’infiniment petit et infiniment dense et disparaît pour toujours de notre Univers.

Et quand tout a disparu ?

Les scientifiques envisagent maintenant très sérieusement la possibilité qu’un trou noir supermassif soit une porte d’entrée vers un autre Univers, ce que la science fiction appelle un trou de ver.

18-trustmyscience.trous-de-ver-universTrou de ver

Un trou de ver :
Se peut-il que ça soit justement ça, le Big Bang ?
Qu’il y a 13.8 milliards d’années, nous soyons sortis de l’autre côté d’un trou noir supermassif qui avait tout mangé son Univers ?

Et comme il existe des milliards de trous noirs supermassifs,
voici l’ultime question:
vivons nous dans un des milliards d’Univers parallèles ?

Voilà j’en ai terminé avec les trous noirs.
Et puisque j’ai mentionné le Big Bang, ça tombe bien,
mon prochain article vous expliquera tout ce que nous savons sur le Big Bang.

Publié par : merelmarc | 9 mars 2022

Une Étoile se meurt

Une Étoile se meurt

Dans ce premier de 2 articles je vous raconte le cours de l’existence des étoiles et ce qui leur arrive quand elles meurent. Pour faire court, une étoile qui meurt devient soit une naine blanche, une étoile à neutron, ou un trou noir stellaire. J’avoue que celles qui m’intéressent le plus, sont celles qui se transforment en trous noirs !

Nébuleuse

Nébuleuse

Commençons par parler de la naissance des étoiles.
Les étoiles prennent naissance dans des nébuleuses. C’est le nom donné aux nuages très froids d’hydrogène ainsi que quelques autres gaz et poussières. Ces gaz s’attirent naturellement par gravité. La gravité est la force responsable de quasiment tout ce qui arrive dans l’Univers. Ensuite, le moindre mouvement entraîne la formation d’une boule qui se met à tourner sur elle même. Les gaz continuent à se rapprocher par gravitation et leur friction échauffe la boule qui grossit.

Après des millions d’années, la température atteint 15 millions de degrés et la pression devient suffisante pour démarrer des fusions nucléaires spontanées (où l’hydrogène se fusionne en Hélium). On ne parle pas ici d’une « bombe H » dont l’explosion dure quelques secondes, l’explosion nucléaire de l’étoile va continuer pendant des milliards d’années.

En fait elle n’explose pas. La fournaise nucléaire qui brûle au centre d’une étoile produit une énergie énorme sous forme de chaleur. La chaleur génère de la pression (c’est le principe d’une locomotive). Cette pression contrecarre la tendance des gaz à se comprimer par gravitation. Alors l’étoile trouve un équilibre et conserve une taille stable pendant des milliards d’années.
Tant qu’il reste du carburant.
C’est à dire tant que l’hydrogène se fusionne en Hélium.

Plus une étoile brûle son hydrogène rapidement, plus elle est brillante mais plus sa vie est courte. Quand tout l’hydrogène est brûlé et qu’il ne reste plus que de l’Hélium, la fusion cesse. La gravité reprend le dessus et l’Hélium s’effondre vers le centre de l’étoile, ce qui la fait exploser.

L’explosion éjecte la couche externe de l’étoile dans un immense nuage de gaz, formant une nébuleuse ou une supernova. Au même moment, le coeur de l’étoile s’effondre et devient minuscule.

wonders of the cosmos

Ensuite, trois différents scénarios sont possibles.

L’indien Chandra Sekhar a compris en 1935, que le sort de l’étoile mourante dépend de sa masse. Grâce aux lois de la Relavité, il a calculé qu’il y a une masse précise qui change tout, ce que l’on appelle depuis, la Limite de Chandra (qui vaut 1.4 fois la masse de notre Soleil).

white-dwarf

Naine Blanche

Et voici les trois différents scénarios.

Si la masse de l’étoile mourante est inférieure à 1 Chandra (Plus légère que notre Soleil qui pèse 1.4 Chandra), elle va devenir une naine blanche,
de la taille d’une petite planète
mais incroyablement dense, environ une tonne par cm cube.
Imaginez un cube de sucre d’une tonne !

Artist's impression of disc around a neutron star

Artist’s impression of disc around a neutron star

Mais ça, c’est rien, parce que si la masse de l’étoile mourante est entre 1 et 2 Chandra (comme notre Soleil), elle va devenir une étoile à neutrons. Ce que ça veut dire, c’est que les atomes sont tellement écrasés par la gravité, que ses électrons ne peuvent plus tourner autour du noyau des atomes, mais s’y écrasent pour être intégrés dans le noyau, jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’une boule de neutrons,
compacte d’environ 15 km de diamètre.
Chaque cm cube pèse un milliard de tonne.

Trou-noir

Représentation artistique d’un trou noir

Et si la masse fait plus de 2 Chandras, la gravité est telle que la température atteint 100 milliards de degré, les atomes, électrons et les noyaux se décomposent en quarks
et l’effondrement se poursuit … à l’infini
jusqu’à ce que sa lumière s’éteigne et que même l’étoile disparaisse.
Ensuite ? On ne sait pas: c’est devenu un trou noir !

Plus précisément ce que l’on appelle un trou noir « stellaire ».
Il y en a plein dans notre galaxie, la Voie lactée, environ 300 milliards.
Il y a des millions de milliards de trous noirs stellaires dans l’Univers.

En résumé, une étoile qui meurt se réduit à une naine blanche, une étoile à neutron ou un trou noir stellaire selon sa masse.

Je précise un trou noir STELLAIRE
parce qu’il y a l’AUTRE sorte de trou noir:
le trou noir « supermassif ».
Supermassif parce qu’il pèse … des milliards de Chandras.

Les trous noirs supermassifs sont le mystère le plus invraisemblable de l’Univers.
Ils n’originent pas d’une étoile mourante.
On ne sait même pas comment il se créent !

Et c’est le sujet de mon deuxième article sur les trous noirs.

Publié par : merelmarc | 4 février 2022

Un livre en ADN

Un livre en ADN

J’ai décrit dans un article précédent  Longévité-des-supports-décriture
que la durée des supports est de moins en moins longue: un vieux journal jaunit puis se décompose en petits morceaux de papier.

Voici une nouvelle forme de stockage de données révolutionnaire.
Publiez donc votre livre en ADN !

L’informatique code les 0 et les 1 avec des transistors.
Chaque lettre, chiffre etc utilise 8 bits. Par exemple A est codé 01000001.
Aujourd’hui il faut un minimum de 6 transistors pour chaque 0 ou 1.

Mais il est possible de coder des 0 et des 1, autrement qu’avec de l’électricité.

La forme de stockage la plus dense connue, et la plus répandue est l’ADN. C’est le support de l’information génétique commune à tout ce qui est vivant. Pour coder, l’ADN utilise deux paires de 2 bases azotées : A avec T et l’autre C avec G. Il suffit de décider que 0 sera codé par A ou T, alors que l’on écrira 1 avec C ou G.

Par exemple
A qui est 01000001
devient AGAAAAAG où A=0 et G=1
ou bien TCTAATAAG ou n’importe laquelle des nombreuses possibilités
puisque qu’on peut mélanger à souhait A et T pour 0 ainsi que C et G pour 1.

C’est exactement ce qu’a fait George Church, prof de génétique à Harvard avec son document de recherche (‡), un fichier de 650 Kb (incluant 53,000 mots et 11 illustrations), qui une fois imprimé à la taille d’un livre de poche.

(‡) Ref: « Regenesis: How Synthetic Biology Will Reinvent Nature and Ourselves in DNA », by George Church and Ed Regis. Harvard

Il l’a aussi converti en fichier d’ADN qui ne pèse qu’un milliardième de gramme !
Conclusion: il serait possible de faire un backup de l’ensemble des données mondiales (environ 100 zettabytes en 2022) avec environ 200 grammes d’ADN, soit en gros le poids d’un seul livre de poche ! 70 milliards de copies de son livre ne couvrent même pas tout l’ongle de votre pouce !

Il y a beaucoup d’avantages à stocker sous forme d’ADN:

– Avez vous encore ce qu’il faut pour lire un 33 tours de votre enfance ?

L’ADN est identique partout, dans tout ce qui est vivant et cela depuis toujours. Il est facile de synthétiser ATCG, car c’est du sucre assez basique, composé de constituants qui ont vu le jour au début de la vie, lorsque la chimie était encore très simple (quelques atome d’Hydrogène, Oxygène, Carbonne et Azote).

Il y a bien entendu quelques problèmes:

– Justement, comme ATCG est à la base de la vie, il faut absolument éviter que les séquences de 0 et 1 ne résultent en quelque chose de vivant ! Mais cela n’est pas un obstacle puisqu’il a de multiples façons de coder chaque lettre du texte. Ainsi pour coder juste un 1 suivi d’un 0, on a quatre choix: CA ou CT ou GA ou GT. Alors imaginez, il en faut 8 pour chaque lettre, ça fait bien des alternatives.

– Chacun sait que lors de sa reproduction, l’ADN fait des erreurs. C’est d’ailleurs exactement ce qui cause notre vieillissement. Et ça peut être rapide, comme on le voit avec les nombreuses mutations du virus apparu en 2019. Pour contourner ce problème, il suffit d’avoir plusieurs copies. C’est une procédure utilisée tous les jours dans les labos : aucune difficulté pour en fabriquer rapidement 100 milliards de copies.

– L’ADN est stable: on a décodé de l’ADN vieux de plusieurs millions d’années. Mais seulement s’il a été conservé dans de bonnes conditions. Pas de problème, on maîtrise la polymérisation des molécules d’ADN. Dans cet état, il restera intact des dizaines de milliers d’années. On le conservera lyophilisé (en lui retirant son eau).

Il suffira de le réhydrater dans 50,000 ans !

Publié par : merelmarc | 15 janvier 2022

Le Chat de Schrödinger

Les électrons et le Chat de Schrödinger

Nous savons tous comment est fait un atome: un noyau composé de protons et de neutrons, avec des électrons qui tournent autour.

atome-Borg
Et les plus connaisseurs d’entre nous, savent même que les électrons tournent sur différentes orbites, comme les planètes autour du Soleil. Le fer a 26 électrons sur 4 orbites.

Fer26

C’est ça qu’on nous a enseigné, mais c’est faux !
J’en suis moi même resté baba quand je l’ai appris, alors je vous explique.

Démocrite avait découvert l’atome en 400 ans avant JC !
Et l’avait appelé atome = indivisible.

Il faut attendre 2200 ans pour comprendre que l’indivisible est divisé:
Thomson découvre l’électron en 1897.
Rutherford découvre le proton en 1919 (suite à ses travaux à l’Université McGill)
et finalement Chadwick découvre le neutron en 1932.

Ce qui m’intéresse c’est seulement les électrons.
Vous pouvez voir autour de vous parce qu’il y a de la lumière et des couleurs.
Ces lumières colorées sont produites par les électrons: quand ils sont excités avec suffisamment d’énergie, les électrons peuvent changer d’orbite. Puis, quand on cesse de les exciter, ils retombent dans leur orbite d’origine, en rejetant l’énergie accumulée sous forme de lumières colorées.

Mais un atome ne peut pas produire n’importe quelles couleurs.
Par exemple si on fait passer de l’électricité dans de l’hydrogène, les atomes peuvent émettre seulement 4 couleurs: rouge, bleu, mauve et violet. C’est parce que l’hydrogène est limité à certains niveaux d’énergie et que ses électrons sont donc limités seulement à certaines orbites. Ces quantités précises d’énergie sont appelées des « quanta » d’énergie.
Bravo, vous venez de comprendre le concept de base de la physique quantique !

©2021 Parlons sciences

À partir de maintenant ça devient fou.
Donc, un électron peut être à un niveau ou à un autre, sur une orbite ou une autre.
Sauf qu’il est impossible qu’un électron passe d’une orbite à l’autre !
Il ne peut en aucun cas exister entre deux niveaux.
Pour « passer » d’un niveau à l’autre il disparait, il est éliminé, il n’existe plus.
Puis il réapparait sans transition sur une autre orbite ! Bizarre, n’est ce pas.

C’est encore pire que ça.
En 1924, le français De Broglie se demande comment les électrons réussissent à rester sur leur orbite sans jamais finir par s’écraser sur le noyau. Il prouve qu’en fait les électrons ne se déplacent pas physiquement sur des orbites, mais plutôt sur des vagues d’ondes, comme si les orbites étaient molles !

Vous comprenez ? Moi non plus.

atome-onde

En 1926 Born et Schrödinger prouvent que c’est pas juste les électrons,
mais que toutes les particules sont des ondes ! Ces ondes peuvent exister soit sous la forme de paquets d’énergie, soit de particules.

Finalement, histoire de vous achever, parce que la nature est complètement insensée,
il y a encore plus:  les orbites alias vagues des particules ne sont pas vraiment des ondes, mais des probabilités d’ondes ! Probables car elles ne peuvent pas être n’importe où. Elles sont probablement à un endroit précis sur les ondes, mais on ne sera jamais capable de déterminer où exactement.

atome-nuage-fisher4

Pourquoi ? La réponse est encore plus cinglée: parce que dès que l’on cherche à savoir où est un électron, le fait de mesurer implique un apport d’énergie et qu’est ce qui arrive quand on l’excite avec de l’énergie ? (je suis sûr que vous avez deviné) ça le fait changer d’un état quantique à un autre, ce qui modifie obligatoirement sa position ! Donc on ne pourra jamais savoir où il était avant que l’on essaie de le savoir !
Bienvenue dans le Principe d’Incertitude.


Au moins maintenant, on sait que les électrons ne tournent pas vraiment sur des orbites autour du noyau.   

                                    

Schrödinger

Le Chat de Schrödinger:

Maintenant pour finir sur une note plus légère je vous raconte la célèbre expérience du chat de Schrödinger qui va vous permettre de paraître savant si vous connaissez l’histoire de cette expérience imaginée en 1935 par Schrödinger, afin d’expliquer simplement le problème de la mesure (qui vous le savez maintenant, perturbe l’état quantique des atomes).

Un chat est enfermé dans une boîte, avec un dispositif relié à un poison mortel pour l’animal. Le poison pourrait être relâché dans la boite à un moment inconnu. Donc, avant d’ouvrir la boite, le chat peut être ou mort ou vivant. Le truc est que si l’on ouvre la boite, ça peut aussi déclencher le mécanisme du poison, ce qui pourrait causer un choix entre les deux état. Par conséquent, il sera toujours impossible de prédire si le chat était mort ou non avant d’ouvrir la boite.


De la même façon, personne ne pourra jamais savoir si un électron tourne vraiment autour du noyau, ni où il voyage exactement. Par contre, bonne nouvelle, on peut connaître exactement son énergie, son orientation et sa vitesse angulaire, mais seulement à ce moment précis.

Aucun minou n’a été maltraité durant l’écriture de cet article, ni d’ailleurs par Schrödinger 😉

INFO:
fr.quora.com/%C3%80-quelle-vitesse-tournent-les-%C3%A9lectrons-autour-du-noyau-dun-atome

Wikipedia etc

Publié par : merelmarc | 1 janvier 2022

Joseph Edeline

Joseph Edeline

Dans le troisième épisode,
https://merelmarc.wordpress.com/2021/12/31/arpents-de-neige/
nous avons fait connaissance avec les colons du Dénombrement de 1723
et j’ai appris que j’habite sur la concession #20 de Charles Edeline.

Pour terminer cette recherche, je vais essayer de faire plus ample connaissance avec les Edeline, tenter de comprendre pourquoi le lot #20 est coupé en deux et suivre la « chaîne de propriété » autant que possible.

  • -15- Charles Edeline, père
    -16- Les enfants Edeline
    -17- Trois voisins
    -18- Chaîne de propriété du #20

Dans ce dernier épisode, nous plongeons dans les événements de l’existence des Edeline et nous allons découvrir que cette famille est intimement liée à ses 3 voisins immédiats. J’ai découvert des détails fascinants sur les conditions souvent difficiles de leur mode de vie. Sans oublier l’incessante menace des attaques Iroquoises.


-15-Charles Edeline, père

Commençons par la première génération, l’émigrant, Charles Edeline, aussi écrit Hedeline, Hébeline, Hadeline, Edline, Édeline et même De Line et Delisle, qui naît en 1641 à Paris (Saint Jacques de la Boucherie) de David Edeline et Noëlle Lambert.
Pour mes sources voir en bas du texte

Vers 1666, il arrive à Longueuil à plus de 25 ans, avec la spécialité de cordonnier, mais il est peu probable qu’il ait beaucoup exercé son métier en Nouvelle-France. Ce qui est certain est que c’est lui le bedeau du village de Longueuil.

#16 : en 1673, pour 35 minots de blé froment, Charles 32 ans, acquiert une terre de 40 arpents en superficie située au #16, de Thomas Chartrand, originaire de Rouen et employé chez Gilbert Barbier à Montréal. « À luy accordée par Monsieur Le Moyne, avecque Cabanne de pieux a coulice, couverte de ronsses et Hangard sur quatre potteaux, construicte sur icelle et déllivrée audit achepteur sans tictre de laditte concession et qui luy appartiendra ». Charles Edeline fait maintenant partie des 16 premiers concessionnaires de la seigneurie. On a aussi appris que sa terre est isolée exactement à la limite de la seigneurie originale.

En 1675, Charles Edeline, 34 ans épouse Jeanne Braconnier ou Branconnien, aussi écrit Garconnoier, 24 ans, née à Paris, Fille du Roy, arrivée à Québec deux ans auparavant, sur le navire l’Espérance. On a vu que la coutume est que les filles se marient très jeunes avec des garçons beaucoup plus agés qu’elles. De plus les seconds mariages sont fréquents à cause du grand nombre de décès touchant autant les hommes que les femmes. C’est le cas de Jeanne Braconnier, veuve de Crespin Thuillier, un soldat du régiment de Carignan, décédé en 1675.

Quand au #20, il n’existe aucun document direct établissant depuis quand les 3 arpents de cette concession lui appartiennent, mais il semble bien qu’il l’ait reçue en 1675 comme les autres concessionnaires. D’ailleurs lors du recensement de 1681, Charles Edeline y déclare quatre arpents en valeur, ce qui n’est d’ailleurs pas beaucoup pour sept années d’occupation. Une preuve indirecte est par contre inscrite en 1700, lors de la vente l’année précédente, par Charles Edeline d’un arpent à ses voisins du #21, le couple Bouteiller Chapacou. Ce contrat mentionne clairement « trois arpents de front sur vingt de profondeur d’un bout sur le devant ainsy qu’il est porté dans le contratz de concession de Charles Edeline et son épouse, en ladite seigneurie de Longueuil« . Ma compréhension est que c’est au #20 que la famille demeure.

Au Recensement de 1681, Charles 40 ans et Jeanne 30 ans ont 3 enfants : Catherine, 5 ans, Charles 3 ans et François 1 an. Il y en aura d’autres, ils auront 12 enfants en 16 ans.

Francis-Back

Francis-Back, illustre illustrateur,
scénarios-maquettiste entres autres pour Denis Villeneuve.

-16- Les enfants Edeline

1677 Catherine-Thérèse Edeline:
L’aînée, Catherine épouse son voisin du #19, Bertrand Bluche.
Je vais vous parler des Bluche plus bas.

1678 CHARLES Edeline (fils):
Comme en France, la coutume est de donner au premier fils le même prénom que son père. Charles fils épouse sa voisine Hélène Charron du #18. Je parle des Charron plus bas. Charles est agriculteur, c’est lui qui s’occupe de la terre paternelle, jusqu’à la mort de celui-ci en 1711 et la rachète l’année suivante. Nous avons vu qu’au Dénombrement de 1723, le #20 est identifiée comme appartenant à Charles Edeline Fils.

1681 Pierre Edeline:
Je n’ai rien trouvé sur leur frère François, mais je sais que Pierre est un coureur des bois, ou comme on dit un « voyageur », donc un aventurier partant en canot vers les camps autochtones, avec qui il échange des articles de troc contre des fourrures, qu’il ramène ensuite aux postes de traite. Un document indique qu’à 29 ans, il emprunte 400 livres pour du matériel de traite de fourrure et part au fort de Pontchartrain du Détroit, au Lac Érié. À 34 ans, Pierre épouse Marie-Louise-Catherine Patenaude alias Patenotre, qui habite aussi à Longueuil, mais côte d’en haut, de l’autre bord du village. Pierre s’établira sur la première terre de son père au #16B.

1690 Louis-Antoine Edeline:
Comme bien d’autres jeunes gens de la seigneurie, son frère, Louis-Antoine est aussi un coureur des bois et voyage beaucoup à l’intérieur du continent. Il se rend à « Missilimakinac et Ouiouinépig pour un salaire de 200 livres plus le droit de traiter lui même jusqu’à la concurrence de 150 livres ». Ce sont des lieux de rencontre avec les Cris, les Sioux, les Illinois, les Saulteaux, les Assiniboines et les Outaouais.  Louis-Antoine se marie avec Madeleine Robert dit Drousson du #13 et pratique son métier jusqu’à un âge avancé.

C’est ce que que les auteurs consultés décrivent comme … une famille typique de la Nouvelle-France !
( Comme Marc Lebert bulletin 2003 septembre pages 13 et 14 SHM-marigot ).

Il y a aussi:
Marie-Anne Edeline (mariée à Étienne Parseillé ou Persillier-Lachapelle, de Dordogne),
Agathe Edeline (mariée à Louis Dovier),
Jean-Baptiste Edeline (marié à Marie-Marguerite Benoît).
Ainsi que François, David, Étienne, Jeanne et Joseph.


-17- Trois voisins

La suite de l’histoire implique les voisins: Bluche, Charron et Bouteiller. Quand il n’y a que 16 colons isolés dans une seigneurie, il est facile de comprendre que les mariages des enfants soient courants entre voisins.

J’ai conçu le petit tableau suivant auquel vous pourrez vous référer afin de suivre plus facilement qui épouse qui.

Mariages


#19 Bluche

Catherine Edeline & Bertrand Bluche

En 1697, l’ainée de la famille, Catherine-Thérèse Edeline, 20 ans, épouse Bertrand, 22 ans, son voisin du #19. Bertrand Bluche, alias De Bluche ou même Bouche, dit Laserre est né à Montaigu en France et est soldat de la Compagnie Longueuil. Il a acheté sa concession au #19 en 1712 à Guillaume Lalonde dit l’Espérance qui l’avait obtenu de Charles Le Moyne en 1693.

Catherine Edeline déménage au #19 et habite donc juste à côté de son frère Charles (fils). Elle décède en 1715 à 38 ans et Bertrand Bluche en 1720 à 45 ans. Ils ont plusieurs enfants dont Marie-Angélique Bluche, née en 1701, dont je vais parler plus bas.

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#18 Charron

Pierre Charron, l’émigrant, au #18 est protestant calviniste, donc un des rares non catholiques en Nouvelle France, ce qui s’explique par son lieu de naissance en 1635 à Meaux, France, où des centaines de protestants sont massacrés pendant les Guerres de Religion. Mentionné la première fois en Nouvelle France en 1662, Pierre se marie avec Catherine Pillat alias Pillard, de La Rochelle. Il reçoit sa première concession à Ville-Marie en 1666 avant de s’établir à Contrecoeur, puis à Longueuil où il possède 120 arpents donnant sur le fleuve Saint-Laurent (Tiens ! j’avais raison, pour ma correction du lot en « V », c’est pas 3 arpents, ni 5 d’ailleurs, mais en fait 6 arpents ! 6 x 20 de profond. Il a probablement été tanneur de peaux comme son père et vit très à l’aise financièrement. Il décède en 1700 à l’âge de 65 ans et Catherine en 1717 à 71 ans.

Ils ont plusieurs enfants dont Hélène et Pierre.

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#20 Charles Edeline (fils) #20 & Hélène Charron #18

Parlons d’abord d’Hélène Charron puisque c’est elle qui épouse notre Charles Edeline (fils). Donc retour chez nous au #20. En 1701, Hélène Charron 18 ans épouse Charles Edeline (fils) âgé de 22 ans. Charles Edeline (fils) décède en 1726 à l’âge de 47 ans. Hélène décède en 1738 à l’âge de 55 ans.

Ils ont une dizaine d’enfants. Dont Pierre en 1707, Marie-Anne en 1709 et Joseph en 1711. C’est la troisième génération, dont je vais reparler à la fin de mon enquête, pour expliquer l’existence de la rue Pratt.

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#18 Pierre Charron (fils) & Madeleine Robin:

Le frère d’Hélène Charron, l’aîné des garçons de notre tanneur de peaux s’appelle évidemment Pierre Charron (fils) et est coureur des bois. Né en 1672, il épouse en 1697, à 25 ans, Madeleine Robin 17 ans.

Ils ont plusieurs enfants dont Pierre Charron III. Suivez moi ici car je vais régler dès maintenant le cas de Pierre Charron III.

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Pierre Charron III du #18 & Marie-Angélique Bluche #19:

Fils du coureur des bois Pierre Charron (fils) #18, Pierre Charron III, né en 1698, épouse à 22 ans en 1721… Marie-Angélique Bluche, 20 ans du #19, qui est, SI VOUS AVEZ BIEN SUIVI, la fille de Catherine Edeline du #20 !

Mentionnons pour la petite histoire qu’en 1733 ce couple adopte une enfant « trouvée », Catherine-Amable 2 ans 1/2. Pierre Charron III décède en 1742 à l’âge de 43 ans et Angélique le mois suivant à 41 ans.

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Pierre Charron (fils) #18 & Madeleine Robin:

Mais revenons au coureur des bois, Pierre Charron (fils), parce que j’ai mis la main sur un document extraordinaire qui permet de comprendre la grande précarité dans laquelle vivent encore certains colons de la deuxième génération ! En 1723 il est écrit que Pierre et Madeleine possèdent 3 arpents de front avec maison et grange. Pourtant l’inventaire des biens de 1734, après le décès de Madeleine à 53 ans est désolant :

Pierre Charron, « habitant Longueule, et veuf de deffunte Madelaine, obtient pour 203 livres de ledit inventaire, savoire deux beufs de tire, un socque, coutre et chaine, une paillace un lit, un traversain, deux horilier de plume, deux draps et une couverte de laine dans laquel il y beaucoup de trous de rats, une méchante plaque de poille avecqu’un thuaux de taulle et une cavale de 12 ans. Le refte est divisé en deux lots esgaug, et deux billets mit dans un chapaux estant tiré par un petit enfans du voisin qui passeoit. Ledit Pierre demeurant audit Longuille pourra rester en sa maison estimée a 30 livres« .

Mais comment une maison peut-elle valoir moins qu’une vache ?
En comparaison, les « funeraires » ont coûté environ 85 livres !

Il faut savoir que depuis les débuts de la colonie, il y a eu 3 grands tremblements de terre majeurs dans la région de Montréal, dont le 5.8 de 1732. Les deux autres en 1835 et 1944.

Voici un autre document datant de 1737 détaillant l’inventaire de Pierre Charron (fils) à son décès à l’âge de 65 ans: « 3 arpents de front, une maison de pierre, hynabitable, couverte de planches, une cheminée double toute fendue de haut en bas par le tremblement de terre, estimée 30 livres pour les matériaux et une grange de pieux pouri et recouverte de paille, 40 livres« .

Ainsi certains colons de deuxième génération vivent donc encore dans des conditions épouvantables. J’ose avancer comme explication que d’avoir été coureur des bois, n’a pas dû être bien payant pour lui.

C’est tout pour les voisins de « la côte d’en bas ».

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#21 André Bouteiller & Angélique Chapacou:

Maintenant revenons chez Charles Edeline pour parler de leur voisin de l’autre côté. Il n’y en a qu’un, le #21 puisque après c’est le village et la baronnie. Et leur destin est totalement différent des Charron.

Au #21 notre voisin est André Bouteiller, qui gagne très bien sa vie grâce à la pêche aux anguilles dans le secteur des Islets-Verts. J’ai déjà mentionné que c’est un métier très lucratif car les anguilles sont abondantes et très faciles à attraper et constituent une partie importante du régime alimentaire des premiers colons européens en attendant que les terres soient labourées et commencent à produire du blé. Le Recensement de 1677 indique qu’André Bouteiller, originaire de la Vendée possède déjà 3 arpents, possiblement au #11.

Il devient meunier de Longueuil en 1683. Puis en 1686, André 36 ans et son épouse Angélique Chapacou 18 ans, obtiennent de Charles Le Moyne une concession de 2 arpents, collée au village au #21.

En 1689, Charles Edeline du #20 vend 1 de ses 3 arpent au couple Bouteiller Chapacou au #21. Avec 3 arpents au #11, 3 arpents au #21, leur maison dans le village sur Saint-Antoine, ainsi que l’île d’En Haut aux 3 Îlets Verts, le couple Bouteiller Chapacou se classe dans les plus riches de la seigneurie. Probablement bien plus de 3000 livres.

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Angélique Chapacou #21 & André Lamarre:

1699: Le meunier André Bouteiller meurt en 1699, à l’âge de 50 ans. Dans la même année, Angélique Chapacou achète pour 800 livres payées, les 160 arpents au bord du fleuve d’Alexandre La Coste. L’année suivante, en 1700, Angélique Chapacou, veuve de 32 ans et mère de 7 enfants en bas âges, épouse André Lamarre 40 ans, tisserand et soldat. Lamarre avait déjà été mentionné au Recensement de 1681 comme ayant « 1 fusil et 4 arpents en valeur ». Il se trouve donc à jouir dès son mariage, des terres héritées par son épouse, « en differants morceaux, ny aucun batiments dont iceluy estimé à 500 livres ». Ils habitent leur maison au village et l’actuelle Maison Lamarre ne sera construite qu’en 1740.

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Maison Lamarre #21 :

Angélique Chapacou décède en 1746 à 79 ans et André Lamarre en 1756 à 96 ans. Cette maison est occupée par la famille Lamarre jusqu’en 1872, puis l’ancienne terre Lamarre est acquise comme Terre N°1 du Cadastre du Village, « avec une maison en pierre, une grange, une étable, une écurie et autres bâtiments », par un groupe de spéculateurs, composé du riche brasseur John Molson, d’Ovide Dufresne conseiller municipal (celui du Manoir Dufresne alias Trinité) et du célèbre photographe William Notman, qui habite rue Charlotte. Ils la divisent en lots, dans le but d’y bâtir 200 villas de luxe, mais leur projet ne se concrêtisera qu’un siècle plus tard, sous le nom de Domaine de Normandie. En attendant Robert Bennett achète la Maison Lamarre, la vend à la famille Bouziane qui l’habite entre 1938 et 1968, puis Marcel Lefebvre jusqu’en 1974 avant qu’elle ne soit acquise par la Ville et la Société d’histoire de Longueuil. Je vois la Maison Lamarre depuis mon salon, juste derrière chez nous, dans le Parc Le Moyne.

Et maintenant je sais que la légende qu’on nous avait raconté sur les villas 375 Saint-Charles et 10-12 Pratt, au sujet de Molson et d’une écurie sont fausses. Il y a erreur de concession !

Il existe une autre légende: il y aurait eu dans notre coin, un jardin tellement fleuri, de roses entres autres, que tous les couples venaient y prendre leurs photos de mariages. Je n’ai pas réussi à le vérifier.

Lamontagne

À la cuisine ! © Lamontagne et Duchesne
http://www.prologue.qc.ca  et  seduc.csdecou.qc.ca

-18- Chaîne de propriété du #20

Revenons pour finir à Charles Edeline et sa progéniture pour savoir si nous serons capables de suivre qui héritera de sa concession ?

1711: Charles, le bedeau de Longueuil, meurt à 73 ans.
Son épouse Jeanne Braconnier était décédée 8 mois plus tôt à 59 ans.

En 1712 Charles Edeline (fils) et son épouse Hélène Charon, rachètent la concession #20 de 2 arpents. Au Recensement de 1723 sa concession #20 « présente maison, grange, étable et 8 arpents de profondeur mis en valeur ».

Charles Edeline (fils) décède en 1726 à l’âge de 40 ans. C’est Louis Edeline leur garçon qui hérite et non pas sa veuve Hélène Charon. Mais en 1730 Louis vend à sa mère Hélène Charron, le #16, la première terre de leurs grands parents Charles (père) et Jeanne Braconnier: « pour 40 livres, la succession du deffuntz Charles, lecture faite, ayant déclaré ne scavoir escrire ny signer ». C’est Pierre qui en héritera plus tard en 1739.

#18: En 1737 Pierre Charron III du #18 vend à André Lamarre (fils), sa terre dont il a hérité sans titre officiel.

#19: En 1737 André Lamarre (fils) acquiert d’abord pour 720 livres, 2 arpents au #19, qui appartenaient à Marie-Angélique Bluche et Pierre Charron. Un 3ième arpent est obtenu en 1739. La famille Lamarre est devenu un énorme propriétaire terrien !

Pour résumer le #20 est maintenant entouré entre Lamarre au #21 et Lamarre (fils) au #19.

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En 1738, Hélène Charron veuve de Charles (fils) décède à l’âge de 57 ans.
Il y a 3 héritiers: Pierre, Marie-Anne et Joseph .

Pierre hérite du #16 en 1739.

#20: Les 2 arpents du #20 sont ensuite divisés au milieu par une future rue Pratt, qui portait le nom de Ninth Avenue Prince of Wales sous le régime anglais (1760).

Marie-Anne Edeline reçoit l’arpent au #20A près de Lamarre fils au #19. Le #20A, aujourd’hui c’est le Manoir Trinité alias Résidences Paul Pratt.

Joseph Edeline obtient le #20B près de Lamarre père. Mon terrain est sur l’arpent #20B de la terre de Joseph Edeline. La terre sera de nouveau divisée en deux demi arpent. Un demi derrière chez nous pour la villa du 375 Saint-Charles et l’autre demi arpent pour la villa jumelée 10 et 12 Pratt ainsi que chez nous au 20 Pratt.
J’ai vérifié que notre terrain mesure 29 mètres qui est justement
la moitié d’un arpent linéaire de 58.47 m.

J’habite le #20B chez JOSEPH EDELINE.

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La suite de la « chaîne de propriété ».

#20B Joseph Edeline
Né en 1711 épouse en 1738 à 26 ans
Marie-Louise Dugas dit Labreche, 20 ans
Je n’ai aucune information après.

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#20A Marie-Anne Edeline
En 1765 Marie-Anne épouse Michel Rouillé dit Lamarche Desjardins
qui ensuite « possède une moitié d’arpent, 2 garçons, 1 fille, une maison, 60 arpents dont 14 ensemencés, 2 boeufs, 3 vaches, 1 mouton, 2 chevaux et 1 cochon ».
Un autre document indique que le mari d’Anne a péri noyé.
Anne épouse Pierre Deniau en deuxième mariage.
Aucune information pour la suite.

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Pour ceux qui aiment les coïncidences mathématiques,
j’habite sur la concession #20 de Charles Le Moyne
qui a 20 arpents de profondeur par 2 de front

et est maintenant divisée en 2 lots par la rue Pratt
donc plus précisément le #20B chez Joseph

et mon numéro de porte est … le N°20 rue Pratt !

Mission accomplie.


Je remercie l’historien Louis Lemoine qui, après m’avoir fait l’honneur de lire les quatre textes de ma série, a proposé des corrections et suggéré des révisions qui ont amélioré mon texte.

Mes sources:

Les informations de cette dernière recherche proviennent de nombreuses sources, particulièrement:
nosorigines.qc.ca
societedhistoirelongueuil.com
Les pionniers de Longueuil et leurs origines 1666-1681, Emile Falardeau, 1937.
Premiers Longueuillois, G-Robert Gareau, 2007.
Marc Lebert bulletin 2003 septembre pages 13 et 14, SHM-marigot.
Dictionnaire historique de Longueuil Michel Pratt, 2018.
Les familles pionnières de la Nouvelle-France dans les archives du
Minutier central des notaires de Paris – Jean-Paul Macouin – Marcel Fournier, 2016.
etc.

Publié par : merelmarc | 31 décembre 2021

Arpents de neige

Pour quelques arpents de neige

Dans le deuxième épisode, nous avons fait connaissance avec les colons de 1675
https://merelmarc.wordpress.com/2021/12/27/concessions-de-1675/

Mais personne ne semblait habiter où je demeure.

Puis j’ai découvert sur BAnQ un vieux livre, écrit par deux hommes de loi et probablement un peu poussiéreux, car publié il y a bien longtemps:
Histoire de Longueuil et de la famille de Longueuil
Alex. Jodoin et J. L. Vincent 1889.
Imprimerie Gerhardt-Berthiaume.

Cet ouvrage de 681 pages s’avère être une véritable Bible. C’est LE premier volume portant sur l’histoire de Longueuil et il est si complet qu’il semble être une source incontournable d’informations sur les colons. On y trouve même les cartes des premières années de la seigneurie.

Ce qui m’intéresse aujourd’hui, est le l’aveu et dénombrement de 1723, Longueuil en Nouvelle-France pp. 60-62, qui indique que tous les terrains sont alors occupés et de plus, Jodoin précise les mesures de leurs concessions. Voilà qui me redonne espoir de connaître exactement le premier habitant à avoir défriché la terre où ma maison est située.

Troisième de 4 épisodes:

-09- Aveu et Dénombrement de 1723
-10- Quelques arpents de neige
-11- Conversion des arpents en métrique
-12- Superposition des lots sur la carte d’aujourd’hui.
-13- Validation de ma projection
-14- Bienvenue chez Charles Edeline


-9- Aveu et Dénombrement de 1723

Longueuil compte plusieurs Aveux et Dénombrements, qui sont des recensements enregistrant les noms des propriétaires, où ils habitent exactement, la grandeur de leur lot et s’ils y possèdent une maison, une grange, une étable, etc.

Un demi siècle après la carte des 16 concessions de 1675, l’Aveu et Dénombrement de 1723 montre que tous les lots le long du fleuve sont maintenant assignés. J’utilise la numérotation de la carte Damian du dénombrement de 1723:
Premiers Longueuillois
G-Robert Gareau 2007
Société d’histoire de Longueuil – 1984
Page 12: Carte Raymond Damian
Recherche G-Robert Gareau et Louis Lemoine

Je vais me concentrer seulement sur les quelques lots en aval de la seigneurie qui correspondent à ma recherche. Les pages 659, etc de la bible d’Alex Jodoin présentent un fabuleux tableau dont je reprends seulement les détails des quelques concessions qui concernent la suite de mon histoire (identifiées en jaune).

1723-Aveu-Jodoin

Le texte de Jodoin explique que beaucoup de terres ont changé de main, comme c’est le cas dans toutes les seigneuries et bien sûr aussi puisque 50 ans plus tard, les enfants ont hérité de la terre de leurs parents. Plusieurs concessions ne sont que partiellement mises en valeur. D’ailleurs en 1723, la Commune est encore utilisée par 39 des 43 concessionnaires possédant des terres avec accès sur le fleuve.


-10- Quelques arpents de neige

Toutes le mesures sont en arpents. Au total, entre le Domaine du baron (exclu) donc du village à la concession Dubuc (collée au Fief du Tremblay), le total calculé est de 61 arpents linéaires.

Mais techniquement, selon moi, c’est plutôt 63 arpents qu’il faut calculer. Il y a différentes raisons pour ça: le lot #19 assigné à Bertrand Bluche manque totalement dans le texte de Jodoin. Il y a le changement d’angle des lots en « V » des concessions de Bluche au #19 et de Charron au #18. Que sont devenus les 3 arpents des héritiers de Jean Robin dit Lapointe au #03 ? etc. J’estime qu’il faut ajouter 2 arpents. Avec ma correction, entre le Domaine (exclu) et le Fief du Tremblay (exclu), il y a 63 arpents.

Mais d’abord, ça vaut combien un arpent ?

Si je me fie à Voltaire, ça ne vaut rien. Pourquoi quitter sa Douce France pour « quelques arpents de neige… au Canada, pays couvert de glaces huit mois de l’année, habité par des barbares, des ours et des castors ». (Voltaire, 1753 et 1756).

L’arpent est une ancienne unité de mesure de surface agraire, qui est à l’origine du terme arpentage c’est à dire l’action de mesurer la superficie des terres. Mais comme rien ne va être simple dans mon enquête, en Amérique du Nord, un arpent est également une unité de longueur, pire, sa valeur va … du simple au double. Ça commence mal. Mais, puisque mon but est de placer des mesures en arpent sur la carte d’aujourd’hui, je dois bien réussir à comprendre comment les convertir:
des heures et des heures de plaisir !

En réalité, c’est simple, il suffit de s’en tenir aux faits. Étant différent du pied de Paris, autant que du pied anglais, c’est le pied Français qui est utilisé dans la description légale des terres seigneuriales concédées en Nouvelle-France. De plus il faut savoir qu’en 1668, le Pied-de-Roy a été modifié par Colbert, lors de la réforme de … la Toise du Châtelet. Puis, la valeur du pied Français a de nouveau été ajustée en 1799, 1812 et en 1840 ! Ajoutons qu’il y a aussi des mesures en lieues et en perches… J’ai fini par comprendre que dans les dates concernées, le pied vaut 12.789 pouces anglais. J’avoue être bien avancé ! Et pour les arpents ? Et bien la même saga existe aussi avec l’arpent, mais je passe les détails.

Finalement il faut utiliser 10 Perches du Roy de 18 pieds par arpent, donc 180 pieds Français, ou 192 pieds anglais…Ouf, OK !

Je suis tellement reconnaissant de disposer maintenant du système métrique.


-11- Conversion des arpents en métrique

Finalement un coup de téléphone à l’historien Louis Lemoine, m’a permis d’apprendre que le pied à utiliser vaut 32.484 cm.

Ce qui donne 1 arpent linéaire = 180 pieds Français par arpent * 32.484 cm par pied de Nouvelle-France = 58.47 mètres. Merci beaucoup Monsieur l’Historien.

Retenons: Un arpent linéaire = 58.47 mètres.

Une concession typique mesure 2 arpents de largeur.
Un arpent c’est finalement beaucoup plus petit que je m’imaginais, environ 85 pas de marche normale, faites-en l’expérience lors de votre prochaine marche. Et surprise, vous constaterez que c’est en gros la largeur d’un pâté de maisons entre deux rues. J’ai bien l’impression que c’est ça qui a décidé de la taille de nos jardins !

ConcessionsPhoto La Presse+

 

-12-Superposition des lots sur la carte d’aujourd’hui.

Commençons avec la concession originale de 50 arpents le long du fleuve en 1657, soit 2.9 km, qui est aujourd’hui situé entre la Rue Géoffrion (Rolland-Therrien) et la Place Longueuil.

Les acquisition subséquentes ont agrandi la seigneurie pour occuper finalement 126 arpents, en 1672, soit un peu plus que 7 km, précisément tout le territoire entre la rue Victoria à Saint-Lambert et le Fief du Tremblay (Jean-Paul-Vincent).

À partir de maintenant je me fie sur les quantités d’arpents indiquées dans le vieux bouquin d’Alex Jodoin pour placer les concessions, (sauf pour ce qui est de ma correction) avec la notation de Damian.

1723-Damian-BasCarte Damian, G-Robert Gareau et Louis Lemoine

Maison Lamarre
Je pars de ce que je crois être l’indice de référence le plus crédible,
la Maison Lamarre qui est toujours debout depuis 1740, « symbolise la frontière avec le village ».
J’en conclut que la limite de son stationnement indique là où le village se termine.


#21 André Lamarre
La concession #21 d’André Lamarre occupe 3 arpents, soit 175 mètres
et couvre exactement le Parc Le Moyne actuel avec sa passerelle. Notons que l’on y trouvait la Plage de Longueuil, avec son restaurant et sa salle de danse, aujourd’hui disparus. C’est le parc derrière chez nous.

Il reste à convertir les arpents en métrique et figurer où c’est sur la carte de la ville actuelle à partir de la maison Lamarre.

Village
En amont de Lamarre, lot #21, se trouve le Village qui occupe 4 arpents,
soit 4 * 58.47 m = 234 m et arrive au coin Saint-Antoine, pas loin d’où passe le Ruisseau et débute le Parc de la baronnie. La Commune mesure 5 arpents ou 292 m, et atteint donc exactement la rue de Normandie.

Domaine du baron
Le Domaine du baron occupe 10 arpents, soit 585 m, ce qui nous mène
devant le Foyer Saint-Antoine, entre la rue Grant et la rue Saint-Alexandre.

Ensuite la seigneurie continue en amont, mais ça ne retient pas mon attention, puisque mon but est d’éclaircir où j’habite.

20Pratt

Donc remontons la « Côte d’en bas ». Et pas d’inquiétude je ne vais pas vous parler de toutes les concessions, seulement quelques voisins.

#20 Charles Edeline
La concession voisine de 2 arpents au #20 est identifiée comme appartenant à Charles Edeline Fils. Toutes mes mesures partent de Lamarre donc 3 + 2 = 5 arpents, soit 292 m depuis la limite du village.
Ça arrive collé derrière le Manoir. Le lot #20 est coupé en plein centre par la rue Pratt.
Devant chez nous, sur la moitié nord se trouve le Manoir Dufresne, alias Manoir Trinité, résidence victorienne construite en 1873 pour Rebecca Jane Hall. Acquise ensuite par le maire Hurteau en 1886, hôpital pendant la deuxième guerre mondiale puis résidence des soeurs Trinitaires en 1950, CHSLD et aujourd’hui Habitations Paul Pratt.

Du coté sud du lot #20 de Charles Edeline Fils, se situe notre maison (pas du tout ancestrale puisque bâtie en 1981), ainsi que nos voisines, les luxueuses villas du 10 et 12 Pratt (1920), et au fond de notre cour arrière le 375 rue Saint-Charles (1873) qui voisine le parc.

CONCLUSION: j’habite sur la concession de Charles Edeline Fils.


-13- Validation de ma projection

Pour être sûr de mes calculs je vérifie la position de quelques autres concessions sur la carte d’aujourd’hui, qui ont de bons points de repères, dans le but de valider si ma projection est exacte.

EnBas

#19 Bluche dit Laserre
Derrière le Manoir, habite Bertrand Bluche. Il est indiqué comme occupant 3 arpents, donc un total de 8 depuis la limite du village ou 468 m, soit jusqu’à la rue d’Auvergne. Mais sa concession est en « V » et clairement les concessions suivantes ont toutes cette orientation différente. Je calcule donc 5 arpents le long du fleuve, ce qui donne, non plus 8 mais bien 10 arpents ou 585 m depuis le village, soit jusqu’au milieu du grand terrain vague après le garage Dasso.

Reste à confirmer si ma correction s’applique pour la suite de la carte. et pour ça je ne vais visiter que quelques concessions qui offrent des indices de leur position:

Passons rapidement jusqu’au #16B Charles Edeline (père) qui est à 16 arpents, donc entre 936 et 1052 mètres, soit entre entre le Bvd Rolland-Therrien et la Rue Géoffrion. Il habiterait donc aujourd’hui au Holiday Inn qui s’y trouve ! Maintenant je comprend pourquoi la concession de Charles Edeline semblait isolée sur la carte de 1675, il s’est tout simplement installé exactement à l’extrémité nord de la seigneurie originale de 50 arpents de Charles Le Moyne.

#12 Bertrand Viau
Parcourons 31 arpents ou 2 km pour arriver
là ou le plan Damian montre le début des Îlets Verts.
Ça doit correspondre au #12 Bertrand Viau dit Lespérance. Confirmé.

#08 Pierre Bourdon
Un autre point de repère est le #09 Jacques Viau, car c’est en face de la séparation entre l’île Lamarre et l’île Lussier. 43 arpents ou 2.5 km. C’est exactement au bon endroit.

#06 Michel Dubuc
Un autre repère qui ne trompe pas est l’existence à 2.85 km,
de la Maison Michel-Dubuc au 1540 Boulevard Marie-Victorin,
bâtie vers 1690, ce qui en fait la plus vieille maison,
avec celle de Marie-Rose-Durocher. Ça serait tellement satisfaisant si elle se trouvait justement sur la concession #06. Ça tombe bien, mon calcul indique la concession de Michel Dubuc entre 2.7 et 3 km !

Fief du Tremblay
Il reste à ajouter les derniers arpents pour arriver au Fief du Tremblay, qui marque la limite de la seigneurie. Je parie que c’est le Boulevard Jean-Paul-Vincent. Parcourons les 63 arpents à partir du village, soit 3.7 km et surprise, je dépasse Jean-Paul-Vincent ! La limite de la seigneurie est donc juste un peu plus loin, entre la rue de l’Église et la rue Léo. Ensuite c’est le Tremblay.

———————————————————————-

-14- Conclusions:

J’habite sur la concession de Charles Edeline Fils.

Pour terminer cette série, je vais essayer de faire plus ample connaissance avec Charles Edeline et sa famille, le premier propriétaire de ma terre, essayer de comprendre pourquoi le lot #20 est coupé en deux et suivre la « chaîne de propriété » autant que possible.
Rendez vous au dernier épisode.


Je remercie l’historien Louis Lemoine qui, après m’avoir fait l’honneur de lire les quatre textes de ma série, a proposé des corrections et suggéré des révisions qui ont amélioré mon texte.

Publié par : merelmarc | 27 décembre 2021

Concessions de 1675

Les 16 concessions de 1675

Les premiers occupants de la seigneurie de Longueuil, accordée 11 ans plus tôt, n’arrivent pas avant 1668, probablement parce que Charles Le Moyne est à la guerre. Les vrais débuts de la seigneurie sont d’ailleurs enregistrés dans deux actes:

1669: Premier baptême d’un enfant né dans la seigneurie.
1670: Premier mariage.

L’historien Louis Lemoine m’a suggéré d’ajouter ici: « Comme il n’y a pas de paroisse établie à Longueuil avant 1698, ce sont des prêtres missionnaires itinérants de Montréal et de Boucherville qui rédigent les actes de baptêmes, mariages et sépultures dans la maison du seigneur. Mais généralement, les habitants de Longueuil se rendent dans ces deux paroisses. Le cimetière est mentionné pour la première fois dans un acte du 21 août 1696. Cf Longueuil en Nouvelle-France Pp.19-24 ».

En 1673, une boulangerie en pierre est construite par Jean Hynard dit le Provençal, face au Couvent, pas loin de la rue Saint-Antoine.

1675: Avec le temps, les seigneuries sont divisées en concessions et même si les concessionnaires sont établis depuis déjà plusieurs années, c’est seulement en 1675 que sont officialisées les premières concessions: cinq « En Haut » du domaine du seigneur et onze « En Bas ».

Après l’article précédent où j’ai positionné les bâtiments du domaine du seigneur sur la carte actuelle,
https://merelmarc.wordpress.com/2021/12/26/la-seigneurie-de-longueuil/
j’aimerais maintenant savoir qui sont ces courageux premiers habitants.

Deuxième de 4 épisodes:

-6- Les 16 concessions de 1675
-7- Bilan: Il n'y a personne sur notre terrain
-8- Après 1675

1858-Cornelius Krieghoff à Longueuil (Art Gallery of Ontario)

-6- Les 16 concessions de 1675

Muni des documents rendus disponibles grâce aux recherches des historiens et autres passionnés, nous savons bien qui sont les pionniers. Je vous propose de faire connaissance avec eux. Je m’imagine 16 célibataires endurcis, bourrus et solitaires. Pour chacun d’eux je vais indiquer leur nom, leur âge en 1675, d’où ils viennent, leur profession, s’ils sont mariés et s’ils ont des enfants (au moment de l’officialisation en 1675). Mon objectif est d’établir quel pionnier a obtenu la concession sur laquelle j’habite.

J’ai trouvé deux cartes très utiles pour les situer:

La carte de Benoît Martel
Atlas historique, Michel Pratt
Société historique du Marigot, 2001, p18
qui donne les positions relatives des 16 concessions en 1675.

La carte de Raymond Damian, présente l’avantage d’avoir numéroté chaque lot.
J’utilise la numérotation Damian pour placer les concessions sur la carte Martel de 1675.

Carte de Benoît Martel 1675 avec numérotation Damian

Commençons par le 5 concessions en amont du domaine du seigneur:

#32 Guillaume Gendron dit la Rolandière est originaire de Blain, en Bretagne. Guillaume arrive en Nouvelle-France avec la « Grande Recrue » de 1653. À la demande de Jeanne Mance, Maisonneuve retourne en France dans le but de recruter plus de colons pour sauver le fragile poste avancé qu’est Ville-Marie de la menace iroquoise. Les trois premiers bateaux ramènent 117 hommes et une douzaine de femmes qui signent des contrats pour une période de trois ans minimum avec la Compagnie de Montréal. Au total il y aura 250 nouveaux immigrants. Leur arrivée permet pour la première fois aux colons de se construire des maisonnettes en dehors du fort de Ville-Marie et de cultiver leur champ en sécurité.
Guillaume s’est marié à l’âge de 40 ans, en 1664 à Ville-Marie, avec Anne Loiseau, 28 ans, de St-Germain des Prés. En 1664, donc je suppose qu’elle était une des Filles du Roy de 1663.
En 1675, date du plan, ils ont au moins 2 enfants.

#31 Paul Benoit dit Livernois, charpentier, originaire de Château-Chinon, en Champagne. Paul est un « Engagé à La Flèche » en 1653. J’assume donc qu’il était aussi sur un des 3 bateaux de la « Grande Recrue ». Il s’est marié à 20 ans en 1658 à Ville-Marie, avec Elisabeth Gobinet, 20 ans de Gonesse, Paris. En 1675, ils ont au moins 9 enfants.

#30 François Blot / Bleau, boulanger, de Caen, en Normandie.
François commence comme domestique chez Jacques Le Ber à Ville-Marie.
À 31 ans en 1672, François épouse Elisabeth Benoit Livernois, 12 ans ! (et vous allez voir que ça loin d’être un cas unique). C’est sa voisine du #31 (épouser sa voisine aussi est commun). Aucun enfant en 1675 (la morale est sauve, dirait-on aujourd’hui).

#29 Étienne Truteau/Trudeau de La Rochelle
Maître charpentier de grosses oeuvres. Il s’engage pour trois ans à 100 livres par an, à M. de la Dauversière agissant pour M. de Queylus en 1659. Soldat de la 6e escouade, il est un des héros du combat de 1662 et concessionnaire dès 1665. Il se marie à 25 ans avec Adrienne Barbier, 14 ans, de Ville-Marie. En 1675 ils ont au moins 4 enfants.

#28 Jean Robin dit Lapointe, de Champagne. Juge de la seigneurie de Longueuil où il s’établi en 1667. Marié en 1667, à 24 ans avec Jeanne Charton, 14 ans, du Berry. À la date du plan ils ont au moins 3 enfants.

Carte de Benoît Martel 1675 avec numérotation Damian

C’était les cinq colons en amont. Sur la carte nous remarquons ensuite un espace libre puis le Domaine Seigneurial et un deuxième espace libre. Ce dernier m’inquiète puisque je pense que c’est là justement que devrait se trouver mon terrain. Mais poursuivons quand même avec les colons d’en aval.

#16 Charles Edeline est cordonnier, 34 ans de Paris.
Sa concession est plus en aval et comme esseulée au milieu de rien, je vous expliquerai pourquoi plus tard. Charles sera le bedeau de Longueuil. Il se marie justement en 1675 à 34 ans avec Jeanne Braconnier, 24 ans, de Paris. Jeanne est aussi une Fille du Roy, arrivée à Québec deux ans plus tôt.

Après un autre espace libre, se trouvent les dernières concessions,
en face des Trois Îlets Verts, devant Fatima (avant le Pont tunnel).
Ces îles prendront les noms de :
l’île André Lamarre ou île d’en haut,
l’île Pierre Lussier ou île du milieu
l’île et Jacques Viau ou île d’en bas.
Détail intéressant: le seigneur perçoit des droits sur la pêche
aux anguilles, de la perchaude, du maskinongé et du doré. Et c’est très payant !

#10 Jacques Bourdon, 30 ans, vient de Rouen, en Normandie.
Il est Sergent au bailliage de la seigneurie de Ville-Marie en 1666, greffier de la seigneurie de Boucherville en 1677 et notaire des seigneuries de Longueuil, Boucherville et Varennes.
Jacques s’est marié à 26 ans, en 1672 avec Marie Ménard, 12 ans de Trois-Rivières et en 1675 ils ont au moins 1 enfant.

#09 Jacques Viau dit Lespérance, 35 ans, de Nantes, en Bretagne.
Soldat dès 1665, en la compagnie de LaFreydière du régiment de Carignan-Salières. Il sera ensuite marchand. Jacques s’est marié en 1670 à 30 ans avec Madeleine Plouard, 16 ans, une Fille du Roy arrivée en 1667 par le navire « St-Louis de Dieppe ». En 1675 ils ont au moins 3 enfants.

#08 Bertrand Lemartre, métier inconnu, 32 ans, d’origine inconnue.
Je n’en sais pas plus.

#07 Pierre Chicoine, métier inconnu, 34 ans, de Channay, en Loire.
Pierre deviendra seigneur de Bellevue. Marié dès 1670 en présence de Charles LeMoyne, Escuier de Longueuil, à l’âge de 31 ans avec Madeleine Chrétien, 24 ans de Paris. Au moins 2 enfants en 1675.

#06 Jean Roncère ou Ronceray, dit Breton, 32 ans, de Fougères, en Ille-et-Vilaine.
Marié depuis 1665 à l’âge de 23 ans avec Jeanne Servignan, 19 ans originaire de l’Yonne. Elle aussi doit être une Fille du Roy. Ils ont au moins 3 enfants au moment du plan de 1675.

#05 Michel Dubuc, 31 ans, de Dieppe, Seine-Maritime.
Michel est maçon et couvreur. Marié en 1667 à 23 ans avec Marie Beaudoin, 22 ans, aussi de Dieppe. Elle est sage-femme et en 1675 n’ont … aucun enfant.

Je n’attribue pas de numéro aux 4 derniers.

Jean Petit, 32 ans, d’Arras en Picardie. Il est tailleur.
Il se mariera en 1678 à 30 ans avec Marie Bailly, 16 ans
Évidemment aucun enfant à compter pour 1675.

Louis Lamoureux est habitant défricheur, 36 ans d’origine inconnue.

Adrien Saint-Aubin, 27 ans, de Rouen, Normandie
Au recensement de 1667 il est un des domestiques de Charles Lemoyne.
Il se mariera à 32 ans en 1680 avec Jeanne-Marguerite Bloys, 13 ans de Ville-Marie. Évidemment aucun enfant à compter pour 1675.

Pierre Boisseau, 29 ans, de Loire, en Bretagne
Il deviendra en 1678, seigneur de Vitré et des fiefs Bellevue et La Boisselière. Marié en 1670 à 24 ans avec Anne Foubert, 19 ans de Chartres. Aucun enfant en 1675.

Enfin, il reste un dernier espace libre jusqu’au Fief du Tremblay.

1850-Les coupeurs de glace à Longueuil-Krieghoff (Cornelius Krieghoff, Public domain, via Wikimedia Commons)

-7- Bilan: Il n’y a personne sur notre terrain !

Je commence à avoir une assez bonne idée de ce que vivent ces pionniers, mais je vais devoir chercher après 1675, parce que pour le moment il n’y a apparemment encore personne sur mon terrain.

Il est important de se souvenir que cette décennie correspond aussi à l’arrivée de centaines de Filles du Roy en Nouvelle-France dès 1663 ainsi qu’à la démobilisation des centaines de soldats du Régiment de Carignan vers 1668.

En 1675, je compte donc 14 concessionnaires mariés, 27 enfants et 7 couples sans enfant. En tout une cinquantaine de personnes. Ils viennent surtout de Bretagne, de Normandie, de Champagne et du Poitou-Charente. La moyenne d’âge est de 34 ans. Les femmes sont beaucoup plus jeunes que leur mari, même souvent très jeunes. Ils ont tous des métiers adaptés aux besoins de la colonisation, par contre même s’ils possèdent une terre, aucun n’est cultivateur. Il faudra attendre la génération suivante pour que leurs enfants se convertissent vraiment à l’agriculture.

Le taux de mortalité infantile est très élevé. Un décès sur trois naissances, selon Louis Lemoine.
De plus, les épidémies de variole déciment la population.

En Nouvelle-France, les premiers colons sont généralement catholiques, sauf quelques marchands huguenots. Il y a des esclaves « Panis et Nègres ». Des esclaves figurent d’ailleurs sur les armoiries de la famille du baron Charles Le Moyne. Les Panis (Pawnee) sont des Amérindiens originaires de Louisiane et du Mississippi, qui ont été ramenés par les explorateurs français.

Il y a aussi d’autres personnes à Longueuil, habitant possiblement au village, mais pas nécessairement, comme le fait remarquer Louis Lemoine: « la plupart des censitaires abandonnent leur ancien métier (par exemple soldat) pour devenir colon. De 1735 à 1759, les barons concèdent 12 emplacements au village dont deux au notaire François Cherrier, un au forgeron Daniel Poirier, un au curé Joseph Ysambart et un au négociant Louis Briquet dit Lefebvre ».

Voici la liste des noms et des premiers métiers répertoriés:

André Cibert, brasseur et distillateur d’eau-de-vie.
André Lamarre, tisserand.
Daniel Poirier, forgeron.
François Cherrier, notaire.
Jean Baptiste Delierre, tailleur d’habits.
Louis Divillec alias Nicolas Quimper ?, potier.
Louis Palin dit Dabonville, chaudronnier.
Mathurin Collin dit Laliberté, maçon.
Étienne Patenaude, maçon.

Longueuil, en face de Montréal en 1812- Thomas Davies
Mais c’est vide … 150 ans après nos colons !

-8- Après 1675

Le recensement de 1681 comprenant la seigneurie de Longueuil et le fief du Tremblay indique 78 personnes au total.

Charles Le Moyne décède en 1685.

Les pires attaques iroquoises documentées sont celles de Lachine en 1689 et au fief Du Tremblay en 1695. Elles se poursuivent même après la Grande Paix de 1701. En 1698 Charles Le Moyne fils fait construire un Château Fort pour se défendre contre les Iroquois.

En 1695, le nombre de concessions passe de 16 à 28.
En 1698 Création de la Paroisse Saint-Antoine de Longueuil.

1719 Longueuil recense 191 habitants.

Pour le prochain chapitre, j’ai découvert un gros livre bourré d’informations sur les censitaires en 1723, qui indique surtout que tous les terrains sont occupés et donne les mesures précises des concessions. Voilà qui me redonne espoir pour avancer dans la recherche du premier colon à avoir défriché la terre où ma maison est située.


Je remercie l’historien Louis Lemoine qui, après m’avoir fait l’honneur de lire les quatre textes de ma série, a proposé des corrections et suggéré des révisions qui ont amélioré mon texte.

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